Structure des réseaux terroristes

Les mouvements insurrectionnels ont des structures diverses, qui dépendent de l’environnement stratégique du mouvement, des modes d’action, des ressources disponibles, etc.

Toutes les structures des mouvements violents et/ou subversifs offrent des fonctionnalités qui permettent la mise en oeuvre de l’action : conduite, planification, logistique et opérations. Dans les petits groupes, ces fonctions sont souvent cumulées, alors que dans les grandes organisations, elles sont réparties et souvent même étroitement cloisonnées.

Aspects stratégiques

La structure et la doctrine des organisations marxistes sont sans aucun doute les plus élaborées et les plus abouties. Les organisations marxistes ont pour objectif un changement de la société à travers un processus révolutionnaire. Leur action s’inscrit donc dans un contexte et une finalité essentiellement politique. Par conséquent, on retrouvera cet aspect dans les structures : la conduite est ainsi dédoublée. On trouve un commandement politique — qui décide des types d’action et de leur opportunité politique — et un commandement militaire qui organise et exécute les opérations. Les mouvements ont généralement une structure bicéphale (politique et militaire) avec une prééminence de la dimension politique. Ainsi, le ► Sudan People’s Liberation Movement/Army (SPLM/A) au Sud-Soudan ou le ► Sudan Liberation Movement/Army (SLM/A) au Darfour illustrent clairement la coexistence des notions de « mouvement » (dimension politique) et d’ « armée » (dimension militaire). Le côté politique de l’organisation constitue le noyau politique du futur régime.

Ainsi, les organisations révolutionnaires marxistes sont généralement (théoriquement) mieux préparées à passer d’un environnement guerrier/révolutionnaire à un environnement politique. Théoriquement, car souvent on observe des tensions entre la conduite militaire et la conduite politique, qui mènent à l’éclatement de l’organisation. Cela a été le cas avec l’ ► Euskadi Ta Askatasuna (ETA) basque, de l’ ► Provisional Irish Republican Army (PIRA) irlandaise ou des ► Brigades Rouges (BR) italiennes.

En revanche des groupes plus petits et sans réelle capacité révolutionnaire, comme Action Directe (AD) en France ou les Cellules Communistes Combattantes (CCC) En Belgique, ne présentent pas de structure complexe qui leur aurait permis d’assumer un réel mécanisme révolutionnaire. En fait, l’idéologie n’était là qu’un alibi au service de projets strictement criminels.

En Tchétchénie, où le terrorisme au profit d’un projet révolutionnaire est le plus marqué, on observe une structure très analogue à celle des mouvements marxistes de la guerre froide. La mise en place de l’Emirat du Nord-Caucase à la fin 2007 montre les caractéristiques d’une structure politico-militaire. Toutefois, alors que le commandement tactique marxiste est systématiquement épaulé par un officier politique, les chefs des groupes islamistes, qui sont également imam, assurent la double fonction de chef opérationnel et d’autorité politique/religieuse. Une structure analogue peut être identifiée en Afghanistan.

En Europe occidentale, le terrorisme islamiste n’a pas d’objectif révolutionnaire en tant que tel. Le « califat » est généralement un objectif lointain destiné à la mobilisation des cœurs, mais on ne discerne pas de structures politiques/religieuses capables de reprendre la conduite d’un éventuel « califat » à l’issue d’un processus insurrectionnel. A ceci s’ajoute le fait que les actions des groupuscules islamistes ne présentent aucune cohérence stratégique, qui puisse accréditer l’idée d’une révolution islamique.

Aspects fonctionnels

La planification de l’action est une tâche complexe qui consiste essentiellement à combiner les activités de plusieurs cellules — qui souvent ne se connaissent pas entre elles — vers un objectif commun. Particulièrement en ambiance clandestine, la coordination des activités en vue d’un attentat est complexe.

La logistique est un point central de l’action terroriste, et souvent son point vulnérable. Il s’agit ici d’organiser la vie clandestine des groupes, l’approvisionnement en armes munitions, nourriture, véhicules, explosifs, etc. Mais il faut également organiser les logements, les caches, les dépôts clandestins, les filières d’évasion après les actions, etc. La logistique comprend également la collecte et l’acheminement des fonds nécessaires.

Les opérations et leur préparation matérielle (entraînement, répétition, etc.) font l’objet du commandement opérationnel, particulièrement importante dans des opérations complexes.

Structure en étoile

Structure des reseaux terroristes_Structure en etoile, Structure decentraliseeLa structure en étoile, la plus simple, utilisée par de petits groupes est aussi la plus facile à combattre. Elle dépend d’un chef, qu’il suffit généralement de neutraliser pour disloquer le groupe.

Structure décentralisée

La structure décentralisée présente un noyau dur — qui assure la conduite stratégique du groupe ­et des cellules — appelés « commandos » par ► Action Directe (AD), «Kampfeinheiten» par la ► Rote Armee Fraktion (RAF) et « Comandos » par l’ ► Euskadi Ta Askatasuna (ETA)plus ou moins autonomes qui agissent dans un contexte régional.

La neutralisation d’une telle organisation est plus complexe car les cellules maintiennent un strict cloisonnement. Toutefois, du fait de la dimension de l’ensemble, une logistique plus importante est nécessaire et constitue généralement le point faible de l’ensemble. La RAF a été en partie trahie par ses factures d’électricité. En revanche, l’ETA basque a conserve sa logistique sur territoire français, limitant ainsi sa traçabilité sur territoire espagnol.

Structure des reseaux terroristes_La section Viet-Minh

Leur particularité est qu’il n’est quasiment pas possible de dégager un centre de gravité tangible de l’organisation terroriste. La structure est répartie entre plusieurs dizaines (voire centaines) de membres et s’établit en fonction des nécessités. Contrairement aux réseaux précédents, les fonctionnalités de base des réseaux sont assurées chaque fois par des acteurs différents. L’individu A peut être tantôt responsable de la logistique pour une opération et simple « boite aux lettres » dans une autre opération.

Dans les mouvements de guérilla, on observe généralement une structure proche des structures militaires traditionnelles. C’était le cas des guérillas communistes des années 60-70, ainsi que des mouvements terroristes tels que l’ I Irish Republican Army (IRA).

Une particularité des mouvements marxistes est la coexistence de deux structures de conduite parallèles : une structure militaire et une structure politique. La guerre est-une manifestation politique, et donc, la structure militaire est sous le contrôle permanent de la structure politique. Cette structure politique a pour double vocation de veiller à-ce que l’action révolutionnaire soit conforme aux objectifs du mouvement, et de constituer un noyau pour les structures politiques post-révolutionnaires. La tête des mouvements est généralement une structure mixte politico-militaire.

Au niveau opérationnel — et plus particulièrement dans les mouvements de type marxiste — les cellules sont généralement organisées sur des trinômes. Dans la plupart des groupes de combat, on retrouve ce nombre : un observateur, un homme de couverture et un tireur. Un exemple de ce type de structure est illustré par la section Viet-Minh.

Idéalement, le membre d’un commando ne connaît que les autres membres du même commando et son chef direct, afin de ne pas mettre en danger toute la structure s’il est capturé. Toutefois, cette discipline structurelle n’existe que peu dans la pratique et les membres d’une même organisation finissent par se connaître.

Les structures en réseau

Structure des reseaux terroristes_Les structures en reseauLes structures en réseau sont relativement nouvelles et ont été rendues possibles grâce aux développements des technologies de la communication. Mais elles sont également le fruit d’une évolution de la société. Elles sont particulièrement développées dans les réseaux alternatifs et altermondialistes, dont la stratégie d’action est largement basée sur l’usage d’ înternet.

Elles fonctionnent comme une suite de cellules indépendantes, liées uniquement par une motivation commune. Ces structures sont caractéristiques des organisations qui n’ont pas de projet à long terme. On n’y discerne pas de chef apparent, ni de fonctions prédéterminées. Dans les organisations djihadistes, on observe des réseaux informels d’individus qui se connaissent établissent un nouveau réseau à chaque opération.