subversion

Processus de déstabilisation d’un état ou d’un système politique dans un contexte dynamique. La théorie de la subversion avait déjà été énoncée par Sun Tzu en 450 av. J.-C. :

Ceux qui maîtrisent la stratégie,
Font plier la stratégie de leur adversaire sans conflit,
Détruisent les fortifications des autres sans les attaquer,
Engloutissent les organisations des autres sans longues campagnes.

[Art de la Stratégie, Chap. III,
« Attaquer l’ensemble du système »]

La subversion a été la composante principale de la ► stratégie indirecte de l’URSS (et de la Chine) depuis le début des années 60. Il s’agissait alors d’affaiblir les pays occidentaux en modifiant leur « corrélation des forces ». La corrélation des forces est une grandeur complexe, qui tient compte de facteurs quantitatifs et qualitatifs qui devait permettre une évaluation des rapports de forces stratégiques entre l’URSS et ses adversaires :

« (..) En ce qui concerne la politique, les facteurs tiennent compte la fermeté de la base sociale de l’autorité de l’État, son mode d’organisation, la procédure constitutionnelle des relations entre le gouvernement et les organes législatifs, la possibilité de prendre des décisions opérationnelles, le degré et le caractère du soutien populaire des politiques intérieure et extérieure. (…) »(1)

 

Ainsi, pour l’URSS la guerre était un phénomène permanent, qui faisait appel à des stratégies « directes » (le conflit militaire) et des stratégies « indirectes », qui consistaient essentiellement à affaiblir l’Occident sur les plans les plus divers.

La définition de la guerre donnée par l’Encyclopédie Militaire Soviétique exprimait clairement cette complémentarité des moyens militaires et autres :

« [La guerre est] un phénomène sociopolitique, continuation de la politique par la farce. […] Dans la guerre, pour atteindre des objectifs politiques, la force armée est le moyen principal et décisif, aux côtés de moyens économiques, diplomatiques, idéologiques et autres. »(2)

Dans la phase subversive, il ne s’agit donc pas (nécessairement) de promouvoir une idée ou idéologie, mais simplement d’affaiblir l’adversaire. Ceci explique pourquoi les pays de l’Est ont soutenu indistinctement des mouvements terroristes d’extrême-droite et d’extrême-gauche.

La subversion n’est pas un but en soi, mais fait partie d’une stratégie de nature révolutionnaire. Elle a été très largement étudiée et élaborée par les théoriciens marxistes de la révolution et se base sur l’idée d’une révolution « par le bas ». Ce qui est généralement assez différents d’autres processus, comme ceux d’extrême-droite, qui ont généralement une approche « par le haut » qui ne s’appuie pas sur un mécanisme subversif à proprement parler.

subversion_Le processus marxiste de la subversion

La subversion est une particularité de la stratégie des doctrines révolutionnaires politiques — d’extrême gauche ou d’extrême droite qui visent à remplacer un système politique. Elle ne fait pas vraiment partie de l’arsenal du terrorisme religieux, comme le terrorisme islamiste.

Les mouvements islamistes ne s’appuient pas sur un processus subversif à proprement parler. Leurs activités ont généralement un caractère « multi­ponctuel », mais ne sont pas intégrés dans un processus révolutionnaire destiné à renverser un gouvernement, même si certains d’entre eux cherchent à promouvoir l’idée d’un califat « supranational ».

Corrélats : ► révolution, ► Sentier Lumineux (SL), ► stratégie indirecte

(1)Shakhnavzarov G., «On the Problem of the Correlation of Forces in the World », Kommunist No 3, février 1974, p. 86
(2)Sovyetskaya Voyennaya Entsiklopediya (SVE), Article « Guerre », Moscou, Voyenizdat, 1977