Sudan Liberation Movement / Army (SLM/A)

Autres appellations:
Harakat/Jaïsh Tahrir as-Sudan

Sudan Liberation Movement,  Army (SLM, A)(Soudan) (Mouvement/Armée de Libération du Soudan) Mouvement insurrectionnel actif dans le Darfour, à l’ouest du Soudan. Il revendique l’autonomie du Darfour par rapport au gouvernement de Khartoum. Il est originaire de la région de Djebel Marra et recrute ses militants essentiellement dans toutes les ethnies du Darfour et particulièrement dans les tribus Zaghawa, Four et Massalit.

Il est officiellement dirigé par son président Abdel Wahed Mohammed Nour (Four), mais en 2005, une nouvelle tendance est émergée au sein du mouvement, dirigée par le secrétaire-général du SLM Minni Arkoy Minawi (Zaghawa). La rivalité personnelle entre les deux chefs a privé le mouvement de cohésion politique, qui a deux quartiers généraux, l’un politique à Asmara (Erythrée) et l’autre militaire à N’Djamena (Tchad).

Les origines du SLM remontent en 2001, avec la création dans la région de Zallingi d’un groupe de 17 combattants Four, résolus à résister à l’avancée des éleveurs arabes à la recherche de pâturages. Le groupe est alors dirigé par ► Abdel Wahed Mohammed Nour, qui est emprisonné. Libéré en 2002, il crée le Darfur Liberation Front (DLF) ou Jabhat Tahrir Dar Fur et son aile armée la Darfur Liberation Army (DLA). Abdel Wahed s’associe avec Minni Arkoy Minawi, un Zaghawa, qui combat pour l’obtention de compensation pour les terres perdues par les Zaghawas à la suite de l’avancée du désert. A ce stade, Abdel Wahed est le président du mouvement, Minni Minawi en est le secrétaire-général tandis que la composante armée est sous les ordres d’Abdallah Abakar (Zaghawa).

Sudan Liberation Movement, Army (SLM, A)_Dispositif du SLM, A (2004-2006)

En 2004-2005, le dispositif du SLM/A est structuré en 5 secteurs opérationnels chacun disposant de son commandement. Dès la fin 2005, avec le développement des négociations de paix, l’organisation se décompose et les commandants opérationnels prêtent allégeance au chef de leur choix, souvent — mais pas seulement — en fonction de leur origine ethnique ou tribale.

Ainsi, dès le début, le SLM manque d’homogénéité dans ses objectifs : Abdel Wahed, d’obédience plutôt socialiste, milite pour un Darfour libre et la préservation des droits des fermiers Four, tandis que Minni Minawi est plus orienté sur les questions de compensation pour les terres perdues du fait de la désertification, de l’émigration et des conflits.

Le 19 juillet 2002 constitue la date « officielle » du début de la rébellion.(1) Le 14 mars 2003, après la victoire obtenue contre le gouvernement par le DLF à Golo sous la conduite de Jabir Isahak, le mouvement prend officiellement la désignation de SLM/A. Outre les rivalités personnelles entre ses chefs, les dissensions au sein du SLM/A sont en grande partie alimentées par les rivalités tribales du Darfour. Trois tendances tribales se détachent :

  • Les Zaghawa (également connues — au ► Soudan et au Tchadsous l’appellation de milices ► Toroboro) proches du secrétaire-général Minni Minawi, partiellement nomades à la culture fortement égalitaire et indépendante, fournissent l’essentiel des combattants de la SLA. Ils ont une solide tradition de combattants et ont très largement contribué à la lutte contre Hissène Habré au Tchad et à l’installation du président Idriss Deby. Dès août 2003, après la mort d’Abdallah Abakar, la composante militaire du mouvement est reprise par le très populaire Jumaa Mohammed Hajjar (Zaghawa), fidèle de Minni Minawi.
  • Les Four (également connues sous l’appellation — au Soudan et au Tchad — de milices ► Bashmarga) guidés par le Président du mouvement Abdel Wahed, traditionnellement fermiers sédentaires à la culture plus hiérarchique, ont moins de tradition guerrière mais constituent la plus importante force politique au Darfour. Au plan militaire, les Fours tendent à soutenir Abdel Kader Abdel Rahman Juddurah (Chef d’Etat-major), basé dans le Djebel Marra.
  • Les Massalit, dont le chef de file est Khamis Abdallah Abakar, vice-président du mouvement, constituent également un courant au sein du SLM.
  • Aux divers courants ethniques s’ajoute un courant, représenté par Adam Ali Shogar, basé à N’Djamena, qui cherche à promouvoir un rôle politique plus marqué pour des commandants opérationnels. Ce courant donnera naissance à la faction SLM-Wogi.

Sudan Liberation Movement, Army (SLM, A)_Structure du SLM, A - Faction Minawi (decembre 2005)

Malgré ces sources de tensions, le SLM su maintenir jusqu’en 2005 une position politique relativement cohérente, orientée contre la marginalisation du Darfour et le centralisme du gouvernement. Elle reprend l’idée du ► Sudan People’s Liberation Movement (SPLM) d’un « Nouveau Soudan », plus démocratique, plus égalitaire, plus pluraliste et moins « arabisé ».

Le processus de paix d’Abuja contribue à renforcer les divisions déjà existantes au sein du SLM/A et contribue à en provoquer l’éclatement. Les lignes de fractures au niveau tribal, au niveau doctrinal s’ajoutent aux rivalités personnelles.

La conférence interne du SLM organisée par Minni Minawi à Haskanita (Nord-Darfour), à la fin octobre 2005, aboutit à la nomination de Minni Minawi comme nouveau président du mouvement, grâce aux voix des commandants opérationnels (dont une majorité est zaghawa) et à la création d’un nouvel organe, le Revolutionary Liberation Council.

Abdel Wahed, invité mais absent à la conférence d’Haskanita, refuse de se désister. Le mouvement a ainsi un commandement politique bicéphale, mais n’éclate pas formellement. Cette situation provoque en janvier 2006, l’émergence d’une troisième tendance qui se veut rassembleuse, dirigée par Suleyman Jammous (Zaghawa Bideyat), coordinateur du SLM/A pour les questions humanitaires. Cette dernière tendance milite pour un retour du SLM/A à la situation d’avant la conférence d’Haskanita. A ce stade, le SLM/A maintient officiellement une seule et même structure militaire dirigée par Jumaa Hajjar.

Le 20 janvier 2006 à N’Djamena, Minni Arkoy Minawi conclut une alliance avec le ► Justice and Equity Movement (JEM) de Khalil Ibrahim, qui constitue ainsi l’Alliance of Revolutionary Forces of West Darfur (ARF). Il n’est cependant pas clair si cette alliance a réellement été appliquée dans le terrain, à part l’intégration de quelques combattants. Une semaine plus tard, une nouvelle alliance est annoncée entre le SLM/A de Minni Minawi et le ► National Movement far Reformation and Development (NMRD), mais cette annonce semble avoir été sans lendemain.

Une autre tendance émerge de la faction Abdel Wahed le 5 mars 2006, lors de la septième phase des discussions d’Abuja, et se fait connaître comme « Groupe des 19 » (G19). Le G19 professe aussi une voie indépendante des deux chefs et annonce la formation d’un Transitional Revolutionary Council (TRC)(2) sous la conduite de Khamis Abdallah Abakar (Massalit). Il a dans ses rangs des commandants prestigieux comme Adam Ali Shogar (Coordinateur Général, Zaghawa), Jar el-Nabi Abdel Karim Younis (Secrétaire général, Zaghawa) et Suleyman Marajan (Responsable des finances, Meidob). Ce groupe ne sera pas intégré aux négociations, mais les suivra à Abuja.

La signature de l’Accord de Paix du Darfour, le 5 mai 2006, marque la scission au sein du SLM/A. Sous la pression de la communauté internationale, ► Minni Arkoy Minawi signe l’accord. Sa faction apparaît comme la plus importante du SLM/A. Elle conserve Jumaa Hajjar, personnalité populaire auprès des commandants opérationnels, comme commandant militaire.

Une « Déclaration d’Engagement »(3) pour la mise en oeuvre du traité de paix du Darfour est établie le 8 juin 2006 et signée par quelques factions du SLM/A :

  • la Sudan Liberation Army — Free Will (Iracla Hurra), également appelée Front for Liberation and Rebirth (Front pour la Libération et la Renaissance) créée le 23 mai 2006 et dirigée par le Dr. Abderrahman Moussa Abakar,
  • le Sudan Liberation Movement — Peace Faction ou Peace Wing, représentant les intérêts de la tribu des Rizeigat et dirigée par le Dr. Ibrahim Madibo.

Abdel Wahed résiste et est rejoint par certains commandants de la faction de Minni Minawi. Toutefois, lors d’une réunion confidentielle du Conseil Militaire du SLM/A tenue le 25 juin 2006, Abdel Wahed est écarté au profit d’Ahmed Abdelshafi Yaqoub Baasi, qui devient président du mouvement et commandant en chef du SLM/A(4). La décision est annoncée le 28 juin. Les raisons ne sont pas claires, mais paraissent davantage liées au style de conduite d’Abdel Wahed qu’à des questions de fond sur l’orientation du mouvement.

Le 30 juin 2006, le National Redemption Front (NRF) ou Jabhat al-Khalas al­Watani, opposé à la signature de l’accord de paix du Darfour, est formé à Asmara (Erythrée). Il s’agit d’une organisation faîtière qui représente plusieurs groupes et factions :

  • éléments du SLM/A
  • le Justice and Equality Movement (JEM),
  • la Sudan Federal Deinocratic Alliance (SFDA),
  • la faction SLM-Unity (issue du SLM-G19).

Le 3 juillet 2006, le NRF attaque le village de Hamrat El-Sheikh, dans le Kordofan, à 500 km de Khartoum, tandis que les factions rivales s’affrontent dans La région du Nord-Darfour et au Nord du Darfour Occidental. Les forces du NRF affrontent les troupes du SLM/Minawi dans les secteurs de Bir-Maza et de Muzbat, tandis que les forces du SLM/Minawi attaquent les positions du NRF à Tiné, Korma et Tawilah. Le NRF devient rapidement la force la plus importante au Darfour.

Le 25 juillet 2006, 31 commandants de la faction d’Abdel Wahed déposent le président du mouvement et le remplacent par l’ancien porte-parole du mouvement, le commandant Ahmed Abdel Shafei Yagoub Basi, qui devient ainsi président et commandant militaire du SLM/A. Les raisons de ce « coup » ne sont pas connues avec précision, mais seraient liées aux tentatives d’Abdel Wahed de négocier secrètement avec le gouvernement soudanais.

En 2006-2007, les rivalités internes et conflits de personnes minent le mouvement, qui se trouve de facto partagé entre un groupe de factions dans l’opposition armée et un autre groupe associé au gouvernement.

Le 14 juillet 2007 est créée l’UFLD à Asmara (Erythrée). Il comprend cinq mouvements : SLA/M — Faction Khamis Abdallah, SLM — Unity, Revolutionary Democratic Front Forces (RDFF), ► National Movement for Reform Development (NMRD), ► Sudan Federal Democratic Alliance (SFDA).

Le 27 février 2008, l’ouverture à Tel-Aviv (Israël) d’un bureau de liaison du SLM — Faction Abdel Wahid déclenche des réactions d’indignation au sein du mouvement lui-même. Par ailleurs, elle vient renforcer les affirmations (répétées, mais non-vérifiées) du gouvernement soudanais, selon lesquelles Israël serait impliqué dans le conflit du Darfour.

Organisation

Au plan stratégie, la SLA est initialement une force bien organisée, conduite de manière égalitariste et fondée sur le principe du volontariat. Elle est influencée par la culture des Zaghawas, dont le caractère nomade et la dispersion géographique ont eu pour conséquence une conduite très décentralisée et des structures hiérarchiques très « plates », ce qui se traduit dans la SLA par une certaine autonomie des commandants opérationnels. Il en résulte à la fois une grande flexibilité et une certaine imprévisibilité des actions.

Sudan Liberation Movement, Army (SLM, A)_Dispositif du SLM (Minni Minawi) (2008)

Dispositif du SLM (Minni Minawi) (2008)

La faction SLM-Minni Minawi se considère comme l’héritière légitime du SLM/A originel,
et en a donc conservé la structure territoriale. Elle est présente dans les cinq zones
opérationnelles et a donc cinq commandements opérationnels. Malgré le fait que cette
faction ait la plus grande extension géographique par rapport à d’autres factions, elle n’en
constitue cependant probablement plus le courant majoritaire en 2008.

Factions du SLM/A (août 2007)

Favorables au Traité de Paix du Darfour (DPA)

  • Faction Minni Minawi (Zaghawa)
  • Peace Faction (Ibrahim Madibo) (DoC)(5) (Rizeigat)
  • Faction SLA-Free Will I (► Adam Saleh Abakar)(DoC) (Birgid)
  • Faction SLA-Free Will II (Abderrahman Moussa Abakar) (DoC) (Tunjour)
  • Faction Abd el-Qassim Imam al-Haq(6) (SLM/AI)
  • SLM/A — al-Kubrah
  • Popular Forces Movement for Rights and Democracy (PFMRD) (GPP)(7) (Hisham Norain) (Massalit)

Opposées au DPA

  • Sudan Liberation Movement/Army (SLM/A)
  • Faction Abdel Wahed Mohammed al-Nour (Four)
  • Faction Ahmed Abdelshafi Yaqoub Baasi (Four)
  • Faction Abdullah Yehia et Jar el-Nebi Abd el-Karim (Zaghawa)
  • Faction Suleyman Marjam (Meidob)
  • Faction Khamis Abdallah Abakar (Massalit), intégrée au National Redemption Front (NRF)(8) et à l’United Front for Liberation and Development (UFLD)
  • Faction Khamis Abdallah Abakar (Massalit)
  • SLM-Unity, dirigée par Sharif Harir (Zaghawa) intégrée à l’United Front for Liberation and Development (UFLD)
  • Greater Sudan Liberation Movement (GSLM) (Mahjoub Hussein Mohammed)(9)

Au plan opératif, la SLA est initialement structurée en cinq commandements opérationnels :

  • Le Secteur Djebel Marra, zone d’origine du mouvement. Bien que le secteur s’étende théoriquement sur l’ensemble du Darfour occidental, il ne couvre en pratique que sa partie orientale, où se trouvent les forces du mouvement. C’est le secteur où les partisans d’Abdel Wahid Mohammad Nour sont les plus représentés.
  • Le Secteur Centre, qui constitue un secteur particulièrement important pour la logistique du mouvement, très largement orientée sur le Tchad. C’est également l’un des principaux secteurs d’affrontement avec les forces gouvernementales et avec d’autres groupes ou rivaux qui utilisent régulièrement la frontière.
  • Le Secteur Nord, où la SLA n’est réellement présente que dans la partie occidentale. Ce secteur est une partie du Dar Zaghawa, berceau de l’ethnie Zaghawa et zone de refuge, où la présence gouvernementale est relativement faible. C’est aussi le secteur ou des affrontements sont fréquents avec les tribus Rizeigat. Dans ce secteur, la faction Minni Minawi est particulièrement bien représentée.
  • Le Secteur Est, qui est le secteur le plus « faible » du SLM/A, qui n’a une réelle présence que dans les environs d’Al-Fasher.
  • Le Secteur Sud, qui constitue le secteur où les affrontements avec des groupes rivaux et le gouvernement sont les plus fréquents. Dans ce secteur les Zaghawa ont une importante présence depuis le début des années 80, mais n’y ont pas de « Dar », et sont ainsi en conflit avec d’autres groupes ethniques comme les Massalit et les Rizeigat. Ce secteur est le secteur de l’aile Massalit du SLM/A.

Ce découpage territorial est resté en vigueur dans la faction de Minni Minawi. Chaque secteur a un commandement.

Comme les autres groupes de la région, la SLA utilise comme principal outil de conduite le réseau de téléphone satellitaire Thuraya pour communiquer entre les commandants opérationnels.
(1)Le groupe compte alors aussi des membres de l’ex-3e Armée Révolutionnaire Libyenne (3e ARL), mise sur pied par Kadhafi pour mettre en oeuvre le concept de révolution islamique de la Libye. La 3e ARL se voulait internationale et transfrontalière. Ses combattants ont été recrutés dans tous les pays d’Afrique du Nord et sub-saharienne, en particulier dans le Darfour. Lors de la dissolution de la 3e ARL, ses combattants désoeuvrés ont rejoint d’autres mouvements combattants.
(2)Conseil Révolutionnaire Transitoire
(3)En anglais : Declaration of Commitment (DoC)
(4)Le SLM/A est alors connu sous le nom de « SLM/A Classic »
(5)DoC = Mouvement qui n’a pas signé le traité de paix, mais la « Declaration of Commitment » qui l’a suivie.
(6)Cette faction a signé avec le gouvernement soudanais un ajout au DPA, le 18 novembre 2006 à Tripoli. Elle est également appelée « Faction Abou Gassem ».
(7)GPP = Mouvement signataire du Geneina Political Protocol, du 10 juin 2007, qui est une initiative du gouvernement soudanais pour rassembler les non-signataires des accords précédents.
(8)Le NRF a été créé le 30 juin 2006 à Asmara (Erythrée).
(9)Le GSLM a été créé le 13 janvier 2007 par des éléments de la faction Minni Minawi du SLM (Sudan Tribune, 14.01.2007)