Suisse

La Suisse ne compte pas de mouvements terroristes actifs sur son territoire. Le seul mouvement terroriste autochtone a été le ► Front de Libération Jurassien (FLJ) qui a sporadiquement manifesté sa présence jusqu’au début des années 90 et qui est aujourd’hui complètement intégré dans le paysage politique.

Au début des années 80, des mouvements terroristes arméniens ont perpétré des attentats contre des ressortissants turcs en Suisse. Afin de faire libérer les auteurs de ces attentats emprisonnés en Suisse, plusieurs mouvements arméniens se sont créés et ont commis des attentats dans toute l’Europe contre des intérêts suisses. Il s’agit du ► Groupe de Suisse, de l’ ► Organisation du 3 Octobre et de l’Organisation du 9 Juin ainsi que de l’ ► Armée Secrète Arménienne de Libération de l’Arménie (ASALA). Certains groupuscules terroristes allemands — comme les Revolutionare Zellen — ou italiens ont occasionnellement opéré sur son territoire.

Base arrière et logistique

Pays relativement paisible et libre, la Suisse a souvent été utilisée par des mouvements terroristes comme base arrière. Durant les années 70, un groupe anarchiste, l’ Anarchistiche Kampforganisation (AKO), mieux connu comme une subdivision du « Groupe Petra Krause », a fourni aux divers mouvements terroristes d’Europe des armes et munitions dérobées dans les dépôts de l’Armée Suisse. En 1973, ils avaient déjà récupéré 1,5 tonnes d’explosifs, 200 fusils, 525 armes de poing et 346 grenades.(1) Ces armes étaient fournies aux mouvements terroristes internationaux par l’entremise du fameux terroriste « Carlos ». Entre autres, ce sont des explosifs d’origine suisse qui ont été utilisés pour l’attentat du 20 décembre 1973 contre l’Amiral Luis Carrero-Blanco. Les protagonistes de l’AKO (Peter Egloff, Daniel von Arb, Urs Staedeli) ont été arrêtés et jugés en 1977, signifiant la fin des activités de l’AKO.

Certains mouvements comme les ► Brigades Rouges ou la ► Rote Armee Fraktion ont utilisé temporairement le territoire suisse comme sanctuaire, afin d’échapper à des recherches après des attentats. Plus récemment, le 15 mars 2002, la police suisse a arrêté ► Gabriele Kanze qui opérait en Suisse afin de trouver des appartements pour des membres de l’ ► Euskadi Ta Askatasuna (ETA) et organiser des caches d’explosifs et d’armes.

Base arrière politique

Pays à forte présence immigrée (environ 20% de la population) et idéalement située au centre de l’Europe, la Suisse abrite également les membres de nombreux mouvements politiques et/ou d’opposition étrangers. Elle abrite volens nolens des membres de mouvements radicaux comme le ► Front Islamique du Salut (FIS) algérien, comme Mourad Dhina, chef du Bureau Exécutif du FIS depuis le 4 octobre 2002 et représentant du courant algérianiste du ► Groupe Islamiste Armé (GIA). Son statut en Suisse a fait l’objet d’une décision du gouvernement suisse du 23 octobre 2002, lui interdisant toute activité de propagande justifiant ou soutenant la violence ou d’incitation à l’action violente sous peine d’expulsion.

Avec environ 4 000 membres en Suisse, le ► Parti des Travailleurs Kurdes (PKK/KADEK) s’appuie sur la forte diaspora kurde et mène essentiellement des activités de collecte de fonds et de propagande.

Avec une population de 34 000 personnes, la Suisse a la plus grande densité de population tamoule hors du Sri-Lanka. Après une importante campagne de presse durant les années 90 dénonçant les activités de récolte de fonds des ► Tigres de Libération de l’Eelam Tamoul (LTTE), le gouvernement suisse a placé une interdiction sur ces activités en 2001… mais elles semblent se poursuivre néanmoins.

Activités financières

Connue comme place financière internationale importante et pratiquant une politique libérale en matière de secret bancaire et de fiscalité, la Suisse a souvent été soupçonnée d’être un carrefour des financements d’activités illégales. Cette accusation cachant le plus souvent le souci de certains pays européens, dont la France, de voir s’évader illégalement des capitaux légaux afin d’échapper à une fiscalité souvent jugée trop lourde.

La Suisse collabore activement avec les Etats-Unis en matière de prévention et détection du blanchiment d’argent contre la criminalité organisée depuis la fin des années 70. Après l’affaire des capitaux de l’ex-président Marcos des Philippines, au début des années 80, la Suisse s’est efforcée de lutter contre l’afflux d’argent « sale » afin de préserver l’image de sa place bancaire. Elle est notamment un des membres fondateurs du Groupe d’Action Financière sur le Blanchiment des Capitaux (GAFI), qui a émit une série de recommandations concernant le fmancement du terrorisme international après les événements du 11 septembre 2001. A la fin 2002, la Suisse avait bloqué 72 comptes, représentant quelque 21 millions d’euros (plus tard 9 comptes représentant 5 millions d’euros ont été débloqués). A la fin 2002 les sommes bloquées en relation avec les événements du 11 septembre 2001 s’élevaient à un million d’euros.

La Suisse met en œuvre de manière diligente les conventions internationales en matière de financement du terrorisme et de la criminalité organisée. Toutefois, il apparaît que les réseaux de financement du terrorisme — à la différence des réseaux du crime organisé — échappent aux circuits financiers classiques. Les mesures prises après le 11 septembre 2001 n’ont pas permis d’identifier des sources de financement caractérisées du terrorisme islamiste.

Groupes marginaux violents

Se sont développés en Suisse des groupes ou mouvements « alternatifs » où se mêlent des formes simplistes et peut théorisées de l’anarchisme et du marxisme. Ils professent un discours altermondialiste et anticapitaliste, sans réel fondement doctrinal. Ils se manifestent régulièrement lors de grands événements internationaux et lors du déroulement annuel du Forum de Davos, considéré comme l’événement majeur de la mondialisation. La plupart de ces mouvements ont (eu) une existence éphémère et n’ont qu’une importance marginale sur la scène politique suisse.

Groupes et mouvements radicaux en Suisse (1970-2007)

  • Revolutionäre Aufbauorganisation Zürich (RAZ) (Organisation de Construction Révolutionnaire Zürich) — Mouvement d’obédience trotskiste apparu au début des années 70, principalement actif dans les milieux estudiantins. Officiellement dissout en 1978.
  • Komitee gegen Isolationshaft (KGI) (Comité contre l’internement) ­Mouvement apparu à la fin des années 70 pour protester contre l’internement des terroristes de la ► Rote Armee Fraktion (RAF) en Allemagne.
  • Revolutionârer Aufbau (RA) (Construction Révolutionnaire) — Mouvement apparu au début des années 90, issu de divers mouvements marxistes-léninistes révolutionnaires, principalement actif dans les milieux estudiantins et alternatifs. Il est présent dans les grandes villes germanophones (Zürich, Bâle et Berne).
  • Alternativ-Revolutionâre Kràfie (ARK) (Forces Révolutionnaires Alternatives)
  • Autonome Aktionsgruppe (Groupe d’Action Autonome)
  • Der scharlachrote Pimponell (La Pimprenelle Ecarlate)
  • Revolutionâre Jugend (RJ) (Jeunesse Révolutionnaire)
  • Revolutioniire Zelle Langenthal (RZL) (Cellule Révolutionnaire de Langenthal)
  • Revolutionare Bewegung Luzern (ReBeL) (Mouvement Révolutionnaire de Lucerne)
  • Radikale AKW-Gegner (Opposants Radicaux aux Centrales Nucléaires) 1.Mai Nachdemo (Seconde Manifestation du I er Mai)
  • Antiimperialisten (Antiimpérialistes)
  • Antifaschistiche Abend.spazierenge (Promenade Vespérale Antifasciste) Free Carmenisch (Libérez Carmenisch)
  • ZugUmZug — Mouvement (Mouvement ZugUmZug)
  • Revolutiondres Bündnis (RB) (Alliance Révolutionnaire) — Apparu lors du Forum Economique Mondial de Davos en janvier 2003, qui veut fédérer divers mouvements révolutionnaire et altermondialistes, parmi lesquels ReBeL, Antifa Bern, ARK, le DHKC turc.

Ces groupes se disent parfois opposés à la violence, mais utilisent les services de groupes spécialisés, souvent internationaux, qui opèrent selon la stratégie du ► Black Bloc. Ainsi, ces groupes sans toujours participer eux-mêmes à la violence, en utilisent les effets. Ceci explique pourquoi les organisateurs de manifestations refusent de garantir la présence d’un service d’ordre interne.

Outre ces, se sont développés des groupes d’extrême-droite, situés idéologiquement entre les Skinheads et des mouvements nationalistes, qui ont été à l’origine de plusieurs attentats à l’explosif manqués contre des organisations ou des manifestations d’extrême-gauche.

Bibliographie : Rapport 2006 — Rapport sur la sécurité intérieure de la Suisse, Office
Fédéral de la Police, février 2007.

(1)Neue archer Zeitung, 01.12.1978