Taliban

Taliban

Autre appellation:
Tehrik Taliban-i-Pakistan (en anglais :
Taleban Islamic Movement of Aghanistan – TIMA)

Taliban(Afghanistan/Pakistan) (Étudiants en religion. Littéralement : Ceux-qui-exigent [le savoir]) Mouvement apparu en septembre 1994 et issu des écoles coraniques au Sud de l’Afghanistan. Il est dirigé par son fondateur, le mollah Mohammed Omar, qui assure aujourd’hui une autorité sans doute plus morale qu’opérationnelle.

D’origine sunnite, le mouvement Taliban (ou Taleban, selon les transcriptions) se veut rassembleur des différentes ethnies, tendances religieuses et familles politiques qui avaient fait de la résistânce afghane un amalgame hétéroclite de tendances souvent opposées. Afin de d’atteindre son objectif d’unification de l’Afghanistan, les Taliban ont basé leur approche sur le « plus petit commun dénominateur » des diverses factions et tendances afghanes. C’est ainsi que l’application de la loi islamique (charia) est devenue un pilier du système Taliban, sorte de retour vers des éléments de base de l’islam qui sont plus consensuels.

Zones de repli des Taliban au Pakistan
Les Taliban et autres éléments armés opérant en Afghanistan utilisent les « zones tribales » (FATA) au Pakistan comme sanctuaire. Les rivalités entre factions tribales et religieuses tendent à encourager l’extension des zones sanctuarisées vers la Province de la Frontière Nord-Ouest (NWFP).

 

 

Taliban_Zones tribales et Province du Nord-Ouest au Pakistan

Les « zones tribales sous administration fédérale » (FATA) [en hachuré], avec notamment les « agences » du Sud-Waziristân, du Nord-Waziristân et de Bajaur, constituent des refuges pour les Taliban et certains mouvements alliés, comme le Mouvement Islamique de l’Ouzbékistan et des groupes djihadistes.

Tehrik Taliban-i-Pakistan (2008)
En trait fort les « agences » associées au Tehrik Taliban-i-Pakistan. Malgré les affrontements virulents au sein même des mouvements islamistes, toutes les forces opposées aux Taliban ne sont pas nécessairement favorables au gouvernement pakistanais.

Dès sa création, en raison de son caractère unificateur, le mouvement connaît un succès fulgurant et conquiert rapidement tout l’Afghanistan sans combats, à l’exception du nord-ouest du pays (qui reste sous la conduite d’ ► Ahmed Shah Massoud) et accède au pouvoir en 1996. L’arrivée au pouvoir des Taliban met ainsi fin à des violences communautaristes sanglantes et cruelles, ce qui lui confère un large soutien populaire. En octobre 1997, l’Afghanistan devient ainsi officiellement l’Emirat Islamique d’Afghanistan. La conduite du mouvement est alors assurée par un Conseil (Choura) basé à Kandahar.

Cependant, les Taliban sont loin de constituer un groupe homogène et — outre les tiraillements entre une tendance pro-pakistanaise et tendance nationaliste afghane — ses divisions reflètent les divisions traditionnelles des populations afghanes. Les principales lignes de fracture sont :

  • Les luttes et rivalités personnelles entre tribus et chefs de factions ;
  • La rivalité entre combattants Ouzbek et djihadistes arabes ;
  • La priorité donnée par les Ouzbeks au djihad contre le gouvernement « corrompu » du Pakistan par rapport au djihad contre les forces occidentales.
  • La lutte pour le contrôle de territoires, plutôt que pour des objectifs politiques, religieux ou idéologiques.

C’est en fait l’intervention américaine en octobre 2001 qui a renforcé l’unité du mouvement, pour combattre un ennemi commun, comme naguère contre les Soviétiques.

Le Pakistan, a toujours eu une attitude ambiguë à l’égard de l’Afghanistan : les intérêts des populations pachtounes, la très contestée frontière pakistano-afghane (ligne Durand) et la crainte d’être encerclé par l’Inde et ses alliés ont guidé la politique pakistanaise. Lors de la guerre contre les Soviétiques, et avec l’appui des Etats-Unis, les services de renseignements, l’Inter-Services Intelligence (LSI), ont largement soutenu le  Hezb-i-Islami de Gulbuddin Hekmatyar. Le succès des Taliban a provoqué un revirement pragmatique du Pakistan, qui leur apporte un soutien en matière de logistique et de conseils militaires dès 1994. Mais il serait inexact d’en tirer la conclusion que l’ISI a poursuivi inconditionnellement ce soutien, particulièrement à partir du début des années 2000.

Les Taliban ne constituent a priori ni un mouvement terroriste ni un mouvement à caractère djihadiste. Les liens organiques avec “Al-Qaïda”, ont été un prétexte invoqué par les Etats-Unis et les forces de l’OTAN pour justifier leur intervention. En réalité, en 2001, les Taliban soutenaient essentiellement les combattants islamistes au Jammu-Cachemire. Ces combattants étaient formés dans des camps, qui ont été interprétés par les Américains comme des camps d’entrainement de terroristes destinés à l’Europe, alors que tous les indices indiquaient qu’il s’agissauit de camps de formation de guérilla de nature rurale, sans aucun rapport avec la nature d’un terrorisme européen. Ceci explique pourquoi la majeure partie des combattants capturés dans ces camps en 2001 et internés au camp de Guantanamo se sont avérés totalement inutiles dans la lutte contre le terrorisme, car il s’agissait pour la plupart de paysans locaux qui n’avaient aucune vocation à aller se battre en Occident. Les services de renseignements américains se sont d’ailleurs aperçu que ces mêmes combattants n’avaient d’ailleurs aucune conaissance d’ “Al-Qaïda”, puisque cette organisation n’existait pas! En revanche, les Taliban avaient accordé l’asile à Ossama ben Laden après qu’il a été expulsé du Soudan et déchu de sa nationalité saoudienne. Après le 11 septembre 2001, les Etats-Unis ont demandé aux Taliban d’extrader Ossama ben Laden, ce que les Taliban ont refusé dans un premier temps, puis accepté à condition que les Etats-Unis fournissent les preuves qu’Ossama ben Laden était impliqué dans les attentats. Les Etats-Unis n’ont jamais été en mesure de fournir ces éléments et ont opté pour une opération militaire contre l’Afghanistan (Opération Enduring Freedom — OEF). Or, même s’il a été placé dans la situation de mener le djihad contre l’occupation étrangère en Afghanistan, le mouvement Taliban n’a pas d’ambitions internationales et reste focalisé sur la situation intérieure afghane. En revanche, par leur repli au Pakistan dès l’intervention américaine en octobre 2001, les Taliban ont donné une dimension transfrontalière à leur mouvement. Paradoxalement, toutes les factions des Taliban ne figurent pas sur la liste des organisations terroristes établie par le Département d’Etat américain. En effet, afin de permettre au gouvernement de Karzaï de trouver une solution négociée au conflit, les Taliban n’ont pas été portés sur cette liste, car la politique américaine s’oppose au principe de négocier avec des terroristes.

Conduite et structures

Les principaux dirigeants des Taliban ont été arrêtés ou éliminés en 2007 par les forces de la coalition occidentale et par les autorités pakistanaises. Les Taliban on maintenu la
succession de ces chefs tués dans une certaine discrétion, pour des raisons évidentes de sécurité.

En mars 2003, le Mollah Omar appelle au Djihad contre les Etats-Unis et leurs alliés européens et afghans dans un mouvement appelé « Seif-ul-Muslamin » (Epée des Musulmans). Ce dispositif s’appuie sur un réseau initialement basé dans les secteurs d’Asadabad en Afghanistan (à 12 km de la frontière pakistanaise), avec des bases à Parachinar (Zones Tribales sous administration fédérale) et Miran Shah (Nord Waziristân) au Pakistan. En juin, le Mollah Omar forme un conseil de guerre désigné « Choura-e-Rahbari » (Conseil des Chefs) composé de dix chefs militaires et tribaux.

 La structure de commandement des Taliban n’est pas claire et a sans doute varié de manière importante ces dernières années. Plusieurs représentations existent de l’articulation opérationnelle des Taliban. Ici présentée l’une d’elles, la plus vraisemblable compte tenu des informations disponibles.

Parallèlement, le Mollah Omar organise et structure les activités opérationnelles en découpant la zone frontalière de l’Afghanistan en cinq zones opérationnelles, qui semblent articulées en trois commandements opérationnels :

  • Commandement Sud, qui regroupe les provinces du Sud-Est du pays (Farah, Nimroz, Helmand, Kandahar, Uruzgan et Zaboul), avec un commandement politique à Quetta (Pakistan) et un commandement opérationnel à Zaboul. Chaque province ayant un commandant opérationnel.
  • Commandement Centre (ou Est) qui comprend les provinces qui s’étendent de la frontière pakistanaise à Kaboul (Paktika, Ghazni, Paktia, Lowghar). Il comprend la zone opérationnelle du groupe de Jalaluddin Haqqani initialement centré sur la province de Paktia.
  • Commandement Nord, qui comprend les provinces de Kaboul et celles qui l’entourent au Nord-Est jusqu’à la frontière pakistanaise. Elle comprend la zone opérationnelle du Hezb-i-Islami de Gulbuddin Hektmatyar, initialement centrée sur la province de Kunar. Ce commandement aurait sa conduite opérationnelle dans le secteur de Nunghar (2008).

La difficulté à identifier les structures de conduite et opérationnelles des Taliban vient du fait que ces structures se superposent à celles d’autres mouvements ou groupes qui combattent dans les mêmes secteurs de manière plus ou moins coordonnée. C’est ainsi le cas du Commandement Est et du Commandement Nord-Est, qui réunissent au moins deux zones opérationnelles chacun, qui se chevauchent. En outre, ces zones opérationnelles ne doivent pas être comprises « à l’occidentale » comme rigides. Apparemment, ces zones évoluent de manière très pragmatique (et de manière complètement imprévisible pour un observateur extérieur) en fonction des succès et des réseaux de résistance.

Les bases logistiques des Taliban se situaient initialement dans les zones tribales fédérales (principalement au Sud et Nord Waziristân, ainsi que dans l’agence de Bajaur). Les opérations (aériennes et terrestres) américaines sur territoire pakistanais ainsi que la lutte menée par le gouvernement Pakistanais — sous la pression des Etats-Unis — contre les Taliban ont permis à ces derniers d’étendre leur zone d’influence sur l’ensemble des zones tribales et des Provinces du Nord-Ouest, et de s’y implanter durablement, en particulier l’Agence de Swat.

Le 5 septembre 2006 est signé l’Accord du Waziristân, entre le gouvernement pakistanais et les représentants des tribus locales, qui met fins aux combats. En substance, l’Accord prévoit la fin des opérations militaires, l’arrêt des opérations en Afghanistan et dans les agences(1) adjacentes, le désarmement des milices tribales et le contrôle des postes frontières par les milices tribales. Mais apparemment, le seul « bénéfice » de ces accords a été de permettre au Taliban de concentrer leurs efforts sur l’Afghanistan.

Taliban_Principales forces des Taliban dans les Zones Tribales (2007)

Les Taliban sont essentiellement concentrés dans les « agences » des « zones tribales sous administration fédérale » (FATA) [en trait fort]. Avec l’action du gouvernement pakistanais, l’influence des Taliban s’est étendue aux « zones tribales sous administration régionale »

Choura-e-Rahbari des Taliban

  • Mollah Akhtar Mohammad Usmani, tué le 27 décembre 2006 ;
  • Mollah Abdur Razzaq Nafiz, considéré comme l’un des fondateurs du mouvement Taliban a été ministre de l’Intérieur du régime Taliban. Il aurait été tué le 26 décembre 2006 dans la province de Zaboul ;
  • Mollah Obaidullah Akhund, est ancien ministre de la Défense des Taliban, membre du Conseil exécutif des Taliban (Shura Majlis) (3e du système). Il a été capturé au Pakistan le 26 février 2007, puis relâché en novembre dans le cadre d’un échange de prisonniers avec le Pakistan. Il est arrêté à nouveau en février 2008 ;
  • Mollah Berader Akhund„ commandant militaire des Taliban au Sud de l’Afghanistan, porté mort lors d’un raid aérien de l’OTAN le 31 août 2007. Il sera cependant identifié comme chef de l’offensive du Ramadan (Opération Nassirat) en septembre 2007 ;
  • Maulvi Jalaluddin Haqqani, ex-ministre des Tribus et des Zones Frontières. Son fils Sirajuddin Haqqani dirige le « Groupe Haqqani », un réseau combattant particulièrement actif et audacieux, basé au Nord-Waziristân et dans l’Est de l’Afghanistan, présumé responsable des attentats contre l’hôtel Serena de Kaboul (14 janvier 2008) et contre Hamid Karzai lors de la parade militaire du Jour des Moudjahiddin (27 avril 2008). Son plus jeune fils Mohammad Omar Haqqani a été tué lors de combat avec les forces coalisées dans la province de Paktia au début juillet 2008 ;
  • Mollah Saifur Rahman Mansour, commandant opérationnel originaire du Sud de l’Afghanistan
  • Mollah Dadullah Mansour, qui a succédé à son frère comme commandant des forces au Sud de l’Afghanistan, aurait été exclu du mouvement des Taliban au 30 décembre 2007 pour raison d’insubordination ;
  • Mollah Akhtar Mohammad Mansour ancien ministre de l’Aviation des Taliban ;
  • Mollah Mohammad Rasoul, ancien gouverneur de la province de Nimroz ;
  • Hafiz Abdoul Majid, ancien chef du Renseignement et de la Sécurité de la zone de Kandahar

Le fait que les Etats-Unis mènent également leur guerre contre les Taliban sur le territoire pakistanais a des conséquences. Premièrement, les presssions sur le gouvernement pakistanais pour “accepter” les bombarrdements de drones ont créé une situation malsaine au plan de la souveraineté de l’Etat pakistanais sur son propre territoire, qui lui est reproché par une partie de la population et est à l’origine de la chute du gouvernement Moucharraf en 2007. En second lieu, les actions américaines – niotamment les bombardements parfois mal ajustés et créeant de nombreuses victimes colatérales – ont de facto fait des zones tribales pakistanaises une zone de conflit et donné une certaine légitimation aux Taliban.

C’est ainsi que le 15 décembre 2007, les Taliban annoncent la création d’une organisation commune, le Tehrik Taliban-i-Pakistan (Mouvement Taliban du Pakistan), basé au Sud Waziristân et dirigé par Baitullah Mehsud. Il rassemble les groupes Taliban des zones (« agences ») tribales, et des territoires du Nord-Ouest du Pakistan. Il est administré par un Conseil Consultatif (Shura) de 40 membres représentants sept tribus et diverses factions. Le rôle du TTP dans la guerre en Afghanistan reste encore l’objet de discussions. Le but du TTP est initialement de coordonner l’action des Taliban au Pakistan même. Toutefois, on constate une implication toujours plus importante du TTP dans les actions menées en Afghanistan même.

Déploiement et dispositif au Pakistan

Le déploiement des Taliban dans les zones tribales à l’ouest du Pakistan se présente comme suit (début 2007) :

  • Agence de Bajaur :
    – Militants Taliban dirigés par Faqir Mohammad, qui est le commandant en second du Tehrik Taliban-i-Pakistan.
  • Au Nord Waziristân, trois factions :
    – Faction dirigée par Sadiq Nour, basée à Miramshah, est alliée avec le Jamiat-i-Ulema i-Islam (JUI). Elle gère également des tribunaux islamiques dans les zones sous sa juridiction. Dans un premier temps, cette faction s’est opposée à la présence d’Arabes et d’Uzbeks dans sa zone d ‘ influence.
    – Faction dirigée par Abou Kasha (alias Arab Malang), basée dans la région de Mir Ali. Elle se subdivise en deux groupes, l’un dirigé par Inamullah et l’autre par Haq Nawaz Dawar. Arabe d’origine iraquienne, Abou Kasha coopère avec les groupes Ouzbek basés au Nord Waziristân.
    – Faction dirigée par Najimuddin Uzbek — également connue sous la désignation de Groupe Ijaz —, essentiellement composée d’Ouzbeks. Elle est issue du ► Mouvement Islamique d’Ouzbékistan (MIO) dirigé par ► Tahir Yuldashev.
  • Au Sud Waziristân, plusieurs factions :
    – Faction dirigée par Baitullah Mehsud, le plus puissant chef Taliban du Sud Waziristân. Son porte-parole, Zulfiqar Mehsud, est l’un des personnages les plus influents de la région. Elle coopère avec le ► Jamiat-i-Ulema i-Islam (JUI). Elle comprend environ 30 000 combattants organisés de manière militaire. Elle fait régner la Charia dans sa zone d’influence, interdisant l’usage d’ordinateurs, de télévision et interdit la musique. Le 8 février 2005, elle a signé un accord de cessez-le-feu avec le gouvernement pakistanais.
    – Faction ► Abdullah Mehsud, qui compterait quelque 5 000 combattants. Il est proche des groupes de combattants Ouzbek et Tadjiks.
    – Faction dirigée par le Mollah Nazir(4), qui regroupe, depuis novembre 2006, quelque 14 groupes Taliban, constitue la plus puissante faction Taliban. Elle est alliée au JUI et soutient ouvertement le Djihad contre les forces occidentales en Afghanistan.
    – Faction dirigée par Zanjeer, proche du ► Hezb-i-Islami de Gulbuddin Hekmatyar.
    – Faction dirigée par Noor Islam, basée à Wana, proche des groupes Ouzbek et Tadjik.
    – Faction Haji Khanan, basée dans la région de Shagai. Elle est opposée à la présence de combattants étrangers (Ouzbeks).
  • Dans l’Agence de Swat :
    – Faction dirigée par le Maulana Qazi Fazlullah, chef du ► Tehrik-e-Nifaz-e-Shariat-e-Mohammedi (TNSM), et beau-fils du chef en titre du TNSM, s’allie aux Taliban et s’engage dans la lutte contre le gouvernement pakistanais.

(1)Désignation des entités administratives des Zones Tribales sous Administration Fédérale (FATA).

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