Tchad

Au Tchad, le régime du Président Idriss Déby Itno, arrivé au pouvoir au début décembre 1990 avec l’appui du Soudan, fait l’objet d’une opposition dynamique, mais fragmentée. La multitude de mouvements d’opposition politiques et « politico-militaires » armés, est surprenante et affaiblit considérablement l’opposition armée, dont les manifestations sont souvent plus rhétoriques que militaires. Les alliances et tentative de coordination entre les mouvements d’opposition se font et se défont très rapidement au gré des ambitions et rivalités personnelles, limitant les possibilités de l’opposition d’arriver à des résultats concrets, malgré la détermination de ses combattants.

Cette fragmentation de l’opposition, qui est traditionnelle au Tchad, s’est accentuée ces dernières années. Profitant du désordre causé par la situation au Darfour (Soudan), de nombreux mouvements armés tchadiens y sont installés des sanctuaires, encouragés en cela par l’absence de réaction du gouvernement de Khartoum. L’attitude apparemment ambiguë du gouvernement soudanais à l’égard des mouvements tchadiens s’explique d’une part par la priorité accordée au conflit du Sud-Soudan jusqu’en 2004, et d’autre part par l’immensité et la perméabilité de la zone frontalière entre le Tchad et le Soudan, qui rend très problématique la détection de groupes armés. Ce n’est véritablement qu’au début mars 2006, à la suite des accords de Tripoli avec le Tchad, que le gouvernement soudanais décide de ne plus laisser exploiter son territoire par des forces étrangères. Il expulse alors les groupes armés tchadiens, qui sont « accueillis » par les Forces Armées Nationales Tchadiennes (FANT) qui lancent une offensive sur Moudeina, le 30 mars. Le succès de cette première offensive pousse les rebelles à lancer à leur tour une offensive le 13 avril 2006, qui les conduira aux portes de N’Djamena.

Groupes et mouvements de l’opposition armée

La constellation des mouvements politico-militaires tchadiens est d’une rare complexité en raison de ses fluctuations rapides et est très difficile à cerner : plusieurs mouvements appartiennent simultanément à plusieurs alliances, de nombreux mouvements, qui maintiennent une activité dans les médias n’ont qu’une réalité militaire marginale et la plupart d’entre eux est fragilisée par des tensions internes.

A part la lutte contre le président Idriss Déby, qui semble être le principal et seul point commun entre les divers groupes, il est difficile de discerner des programmes ou axes stratégiques qui pourraient les distinguer. Les alliances se font et défont non selon des critères politiques, mais en fonction de critères personnels et des relations entre individus.

A la fin 2005, les principaux groupes politico-militaires tchadiens sont :

  • Le ► Mouvement pour la Démocratie et la Justice au Tchad (MDJT) au Tibesti (nord du Tchad) dirigé par Choua Dazi.
  • La Résistance Armée contre les Forces Anti-Démocratiques (RAFAD), créée en 1997 au Nigéria et qui se manifeste de manière sporadique au Tchad. Le mouvement est alors dirigé par Adoum Moussa Seif.
  • L’ ► Alliance Nationale de la Résistance (ANR) dirigé par ► Mahamat Abbo Sileck depuis octobre 2004.
  • Le Mouvement des Officiers Libres du Tchad (MOLT) au Sud du Tchad
  • L’Alliance Libre pour l’Egalité Réelle entre Tchadiens (ALERT) ;
  • Le Front National pour la Démocratie et les Libertés (FNDL), dirigé par le capitaine Mahamat Nour Abdelkerim, qui devient le Rassemblement pour la Démocratie et les Libertés (RDL) en novembre 2005 ;
  • l’Union pour la Démocratie et les Libertés (UDL), qui regroupe six mouvements sous la coordination d’Osman Al-Fal, lui-même proche de l’organisation islamique Dawa ‘a al-Islamiya :
    - le Rassemblement Démocratique pour le Changement (RNC) dirigé par Ousman Al-Fal lui-même,
    – le Front National du Tchad pour les Libertés et l’Unité (FNT/LU) dirigé par Mahamat Adoum Aboudiguine,
    – le Mouvement pour la Réforme (MR) dirigée par Abdallah Ramadan,
    – le Frolinat-Volcan dirigé par Abdallah Djidey, issu du Front de Libération Nationale du Tchad (FLNT),
    – le Conseil Démocratique Révolutionnaire (CDR) créé en 1979 et dirigé par Ahmat Acyl, puis par ► Ahmat Acyl Akhbach, et par Cheikh Ibni Oumar.
    – le Mouvement National pour le Redressement (MNR) dirigé par Hamid Ousman Guiredigua,
  • Le Front National Démocratique du Tchad (FNDT) dirigé par Hassan Al­-Djinedi, diplômé de l’Académie militaire de Tripoli en Libye. Le FNDT est fort d’environ 200 hommes sous le commandement de son chef d’état-major, le colonel Issa Al-Bachar, transfuge du CDR.
  • Le ► Socle pour le Changement, l’Unité nationale et la Démocratie (SCUD) créé en novembre 2005. Il est composé essentiellement de déserteurs des Forces Armées Nationales Tchadiennes (FANT) provenant de l’ethnie Zaghawa, il est Centré sur la région de Tiné, à la frontière entre le Tchad et de Soudan. Au 1er avril 2006, après un bref passage au sein du FUC, le SCUD fusionne avec le ► Rassemblement des Forces Démocratiques (RaFD).
  • Le Front pour l’Instauration de la Démocratie et de la Liberté (FIDEL), créé à El-Geneina (au Darfour Occidental, Soudan) en décembre 2005. Il est dirigé par Abdelwahit About, son secrétaire-général.
  • Le Front National du Tchad Rénové (FNTR), dirigé par ► Babikir Ismail Maykambol(1)
  • Le Groupe du 8 décembre, composée d’officiers supérieurs de l’armée tchadienne ayant déserté au 8 décembre 2005 et se sont réfugiés au Soudan.
  • L’Union des Forces pour le Changement (UFC), formellement créée le 17 mars 2004, et conduite par son Coordinateur National, le Dr. Mamouth Nahor N’gawara avec son Coordinateur National Adjoint, Alio Abdoulaye Ibrahim. Elle se compose des mouvements suivants :
    – Le Conseil Démocratique Révolutionnaire (CDR), dirigé par Cheikh Ibni Oumar,
    – Le Front Démocratique Populaire (FDP), dirigé par Dr. Mamouth Nahor N’gawara,(2)
    - Le Front Populaire pour la Renaissance Nationale (FPRN), dirigé par le colonel Adoum Yacoub,(3)
    - Le Mouvement pour la Démocratie et le Développement (MDD), dirigé par Brahim Mallah.
    – Le Mouvement pour l’Unité et la République (MUR), dirigé par Bourkoumanda Gaïleth Gattoul.

A ces mouvements s’ajoutent des bandes criminelles —également connues sous l’appellation de « coupeurs de routes » (ou « sébédéyés » en bideyat)(4) — dont le nombre s’est accru significativement depuis 2004.

Le 18 décembre 2005, l’Armée Nationale Populaire (ANP), bras armé du RDL et le Groupe du 8 décembre tente une attaque contre la ville d’Adré. Mal préparée, mal coordonnée et mal conduite, l’opération échoue et conduit à la création, le 28 décembre 2005, du ► Front Uni pour le Changement (FUC) dirigé par Mahamat Nour Abdelkerim (président) et qui comprend alors les 9 mouvements.

En août 2006, afin de surveiller la frontière tchado-soudanaise entre Adré et Tissi, le gouvernement tchadien a engagé la tribu du ministre de la défense tchadien, le général de division Bichara Issa Djadallah. La tribu a déplacé ses camps du Soudan au Tchad et a reçu 703 armes, des munitions et des moyens de communication (63 téléphones satellitaires Thuraya) à la fm août.

A la fin 2006, les groupes politico-militaires tchadiens sont les suivants :

  • Le Commandement Militaire Unifié (CMU),(5) créé le 4 septembre 2006, actif dans le Biltine, et dirigé par le colonel Mahamat Hassan Alinghaz. Il est composé des mouvements suivants :
    – Le ► Rassemblement des Forces Démocratiques (RaFD) constitué le 1er avril 2006 et dirigé par ► Timane Erdimi),
    – La Concorde Nationale Tchadienne (CNT), avec quelque 450 combattants, dirigée par le Dr Hassan Salleh al-Djinedi,
    – les factions du ► Front Uni pour le Changement (FUC) qui n’ont pas suivi Mahamat Nour dans son rapprochement avec le gouvernement,
    – le Rassemblement des Fils Unis du Tchad pour le Développement (RFUTD) du Dr Younous Atim,
    – le Front du Salut du Tchad (FST) de Mahamat Hassan Almlih (alias Kokiss),
    – le Mouvement de Salut National du Tchad (MOSANAT) dont le représentant sur le terrain est Mokhtar Natcho,
    – le neo-Conseil Démocratique Révolutionnaire (néo-CDR) du Mahamat Zakaria,
    – le Volcan de la Liberté présidé par le Dr. Albissaty S. Allazam.
  • Le ► Mouvement pour la Démocratie et la Justice au Tchad (MDJT) créé en août 1998 et dirigé par ► Choua Dazi Salah Aboubakar, actif dans le Tibesti.
  • L’ ► Alliance Nationale de la Résistance (ANR) créée en 1994/95 et dirigée par ► Abbo Sileck, présente dans le Ouaddaï.
  • Le ► Telssi Renaissance Nationale (TRN) créé au début 2006 et dirigé par le colonel Michel Mbaïlemal, actif dans le Moyen-Chari et le Logone.
  • L’Union des Forces pour le Changement (UFC), conduit par son Coordinateur National, le Dr. Mamouth Nahor N’gawara et son Coordinateur National Adjoint, Alio Abdoulaye Ibrahim, qui comprend :
    – Le Conseil Démocratique Révolutionnaire (CDR), dirigé par ► Acheikh Ibn Oumar(6)
    - Le Front Démocratique Populaire (FDP), dirigé par Dr. Mamouth Nahor N’ gawara,
    – Le Front Populaire pour la Renaissance Nationale (FPRN), dirigé par le colonel Koukou Adoum Yacoub,(7)
    - Le ► Mouvement pour la Démocratie et le Développement (MDD), faction dirigée par ► Brahim Mallah.(8)
    - Le Mouvement pour l’Unité et la République (MUR), dirigé par Bourkoumanda Gaïleth Gattoul.
  • Le ► Mouvement pour la Démocratie et le Développement (MDD), faction dirigée par Issa Faki Mahamat.
  • Le ► Conseil National de Redressement du Tchad (CNRT) dirigé par le dr Bichara Idriss Haggar.
  • L’Union des Forces pour la Démocratie et le Développement (UFDD), créée le 22 octobre 2006, dans un nouvel effort pour rassembler les mouvements d’opposition politico-militaires au sud de l’Ouaddaï, dirigée par le général ► Mahamat Nouri. Elle comprend(9) :
    - L’Union des Forces pour le Progrès et la Démocratie (UFPD), créée le 27 juillet 2006 et dirigée par le général Mahamat Nouri avec environ 500 combattants(10) ;
    – Le Conseil Démocratique Révolutionnaire (CDR), dirigé par ► Cheikh Ibn Oumar ;
    – Une faction dissidente du ► Front Uni pour le Changement (FUC), dirigée par Abdelwahid Aboud Mackaye ;
    – La Résistance Armée contre les Forces Anti-Démocratiques (RAFAD),(11) dirigé par ► Hassan Dahab(12) ;
    – Le Rassemblement National Démocratique (RND),(13) créé le 13 septembre 2006. Il est dirigé par le colonel Adouma Hassaballah avec Adam Tounissi comme chef d’état-major. Le RND comprend :
    – Le Front National du Tchad Rénové (FNTR),
    – L’Union pour la Démocratie et les Libertés (UDL Force Nouvelle)
    – L’Alliance Nationale pour la Démocratie et la Justice (ANDJ), dirigée par le Dr. Mahamat Cherif Djako,
    – Le Front Populaire pour la Renaissance Nationale (FPRN) dirigé par le colonel Koukou Adoum Yacoub, qui comprend environ 500 combattants(14) dans la région de Tissi.
    – Le Rassemblement Populaire pour la Justice (RPJ) d’ ► Abakar Tollimi, actif dans l’Ouaddaï et le Biltine.
  • L’Union des Mouvements pour la Concorde Nationale (UMCN), constituée le 19 novembre 2006, et qui est une alliance entre le ► Mouvement pour la Paix, la Reconstruction et le Développement (MPRD) du Colonel Djibrine Dassert ­actif au sud du pays, dans le Salamat et le Moyen-Chari — et le Mouvement de Salut National du Tchad (MOSANAT) de Zorrino Haroun.

En décembre 2006, Mahamat Nour signe un accord avec le président Déby-Itno, aux termes duquel les forces du FUC sont intégrées dans les forces armées tchadiennes et Mahamat Nour obtient le rang de ministre de la Défense. Le FUC est donc de facto dissout. Certaines factions refusent l’accord et rejoignent d’autres groupes.

Ainsi, à la mi-2007, les principales forces de l’opposition armée tchadienne sont

  • Le Mouvement pour l’Autonomie du Tibesti (MAT), mouvement Toubou, dirigé par le Secrétaire-général Brahim Anar.
  • L’Union des Forces pour la Démocratie et le Développement (UFDD), avec environ 3 600(15) combattants, dirigés par le général Mahamat Nouri.
  • le Rassemblement des Forces pour le Changement (RFC), formé le 31 janvier 2007 par des mutins qui avaient tenté de renverser le président Déby-ltno le 16 mai 2005. Il regroupe les mouvements suivants, qui totalisent environ 1 000 combattants :
    – Le Conseil d’Action Révolutionnaire (CAR)(16)
    - Le Rassemblement des Forces Démocratiques (RaFD), avec environ 900 combattants, dirigés par Timane Erdimi, qui comprend :
    – Le Socle pour le Changement et l’Unité Démocratique (SCUD)(17)
    – La Résistance Armée contre les Forces Anti-Démocratiques (RAFAD)(18)
  • La Concorde Nationale Tchadienne (CNT), avec quelque 450 combattants, dirigés par le Dr Hassan Salleh al-Djinedi, dans laquelle sont fondus dès le début mai 2007 les mouvements suivants :
    - La Coalition pour la Défense de la Démocratie et des droits Constitutionnels (CDDC), créée le 5 avril 2004 et coordonnée par ► Ahmad Hassaballah Soubiane et qui se compose des mouvements suivants :
    – Alliance des Démocrates Résistants (ADR) présidée par Younous Ibedou Awad,
    – Alliance Nationale de la Résistance (ANR) présidée par ► Mahamat Abbo Sileck,
    – Front National du Tchad Rénové (FNTR) présidée par le Professeur Babikir Ismail,
    – Mouvement pour la Démocratie et la Justice du Tchad, (MDJT/Gico) présidée par Habib Ibedou,
    – Rassemblement des Forces Démocratiques du Tchad (RFD),
    – Rassemblement Démocratique Tchadien (RDT) présidée par le dr. Djembeté,
    – Union des Peuples Tchadiens pour la Reconstruction Nationale (PTRN) présidée par Abakar Oumar Mahamat,
    – Volcan de la Liberté présidé par le dr. Albissaty S. Allazam.
    – Le Front Populaire Tchadien (FPT) dirigé par le dr. Hassan Salleh Al-­Djinedi.(19)

Les tensions au sein de la CNT apparaissent et le 6 juin 2007, environ 300 officiers et militaires du CNT, refusent de reconnaître l’autorité d’Hassan al­-Djinedi et du Chef d’état-major Mahamat Hassan Almlih (alias Kokiss) et se retirent du CNT(20) pour rejoindre les rangs de l’UFDD. Ces tensions se prolongeront jusqu’à la fin 2007. Après la signature du traité de paix du 25 octobre entre quatre mouvements rebelles, dont la CNT et le président Déby-­Itno prévoyant l’intégration des forces de la CNT dans les forces tchadiennes, le Bureau Exécutif de la CNT est dissout et son président al-Djinedi est exclu le 3 décembre 2007. Un Directoire Militaire est créé, présidé par le Commandant Hamid Saleh AbdelKhader, chef de la tendance dure du mouvement, flanqué du Colonel Oumar Ali Andjirema (Inspecteur général des Armées), du Colonel Yacoub Baraka (Chef du Bureau des renseignements militaires) et du Colonel Ousmane (membre du Commandement opérationnel).(21)

  • L’Union des Forces pour le Changement (UFC), coordonnée par le Dr. Mamouth Nahor N’gawara et comprend :
    – le Front Démocratique Populaire (FDP), dirigé par Dr. Mamouth Nahor N’gawara,
    – le Front Populaire pour la Renaissance Nationale (FPRN), dirigé par le colonel Koukou Adoum Yacoub,
    – le Mouvement pour l’Unité et la République (MUR), dirigé par Bourkoumanda Gaïleth Gattoul.
  • L’ Union des Forces pour la Démocratie et le Développement — Fondamentale (UFDD-Fondamentale ou UFDD-F), initialement composée d’une faction du Front Uni pour le Changement (FUC), séparée de l’UFDD en avril 2007 et dirigée par un triumvirat présidé par Abdelwahid Aboud Mackaye, et qui comprend aussi l’ambassadeur Acheikh Ibn Oumar — séjournant alors en Europe — et le docteur ► Amine ben Barka. L’UFDD-F serait forte d’environ 500 combattants.
  • La Coordination SCUD-RAFAD Rénové, créée le 8 juin 2007 et présidée par Al-Haïf Adoum Gnorouma (RAFAD).
  • Le Front de Salut de la République (FSR), créé le 9 juillet 2007 par Ahmad Hassaballah Soubiane, et qui comprend(22) :
    – La Concorde Nationale Tchadienne Rénovée (CNT/R) du Dr Abid(23),
    – Le Front National pour la Démocratie (FND) d’Abderahim Ali
    – Le Front Populaire d’Allamine Adoudou

Le 3 octobre 2007, le gouvernement tchadien signe à Tripoli (Libye) est paraphé un accord cadre de paix, qui sera signé le 25 octobre avec quatre mouvements rebelles: UFDD, RFC, CNT, UFDD-F. L’accord est dénoncé par le FSR.

Mais, pour des raisons encore peu claires, l’accord de paix vole en éclats à la fin novembre 2007 avec l’offensive de l’UFDD — rejointe plus tard par le RFC et les derniers éléments de l’ex-FUC — contre le gouvernement dans le nord du Ouaddaï et le Biltine (Wadi Fira). Il vraisemblable que l’annonce d’une prochaine opération de l’Union Européenne au Tchad (EUFOR Tchad/RCA), qui aurait rendu difficile la menée d’opérations militaires, ait encouragé l’UFDD à lancer son offensive à ce moment.

La Concorde Nationale Tchadienne (CNT) du Dr Hassan Salleh al-Djinedi reste fidèle aux accords signés et ne participe pas aux combat, ce qui est interprété par les autres mouvements comme un rapprochement vers le gouvernement. Le Dr al­-Djinedi est limogé par son mouvement et rejoint les rangs du gouvernement.

Entre le 23 novembre et le 6 décembre 2007, les combats sont rudes et, sans mettre en évidence de réel vainqueur, ils encouragent et renforcent l’opposition armée, qui d’emblée se déclare en « état de belligérance » avec la France et toute force étrangère déployée sur le territoire tchadien. L’UFC annonce alors rejoindre les combats contre le gouvernement.

A l’issue des combats de la fin 2007, il apparaît (une fois de plus) que l’opposition armée n’a pas pu exploiter ses capacités opérationnelles en raison de la fragmentation et du manque de coordination de ses forces. Ainsi, les trois principaux groupes impliqués dans les combats de novembre décident d’établir un commandement conjoint, qui assure la coordination opérationnelle sans que les divers mouvements ne fusionnent. Un accord est ainsi signé le 22 décembre 2007 à Hadjer Marfaïne par les Présidents du RFC, de l’UFDD et de l’UFDD/F. Au 1er janvier 2008, la composition et l’articulation d’un nouveau Commandement Militaire Unifié (CMU)(24) sont décidées. Outre le fait qu’elle comporte un porte-parole unique destiné à centraliser et coordonner la communication des rebelles en la personne ► Abdelrahmane Koulamallah, cette structure comporte une aile politique, qui doit la préparer pour aborder un processus politique et pas seulement militaire. Ce CMU s’accompagne d’un « brassage » des forces, exécuté durant la première semaine de 2008.

Tchad_Commandement Militaire Unifie (janvier 2008)

Source : Communiqué de presse N°0001/PPU/CP/U/08. (02.01.2008)

Le 30 janvier 2008, le CMU lance une offensive avec 150-200 véhicules, sous la conduite du colonel Fizzani, le long de l’axe Abéché — N’Djaména (en évitant Abéché). Les colonnes de véhicules poussent à grande vitesse en évitant les garnisons gouvernementales et arrive ainsi sans difficultés à la capitale, où les forces armées tchadiennes ont été positionnées. Ce raid, mal préparé et dépourvu de la logistique nécessaire arrive essoufflé dans la capitale et doit rapidement s’en retirer, à la faveur d’un cessez-le-feu demandé par la Libye. Après un regroupement de leurs forces dans les environs de la capitale, les forces du CMU se replient sur Mongo, puis rejoignent leurs zones de départ.

L’échec de cette nouvelle tentative révèle les mêmes erreurs que les expériences précédentes : manque de planification opérationnelle, défaut de stratégie pour les opérations à l’intérieur de la capitale, insuffisance des capacités logistiques, absence totale de soutien populaire et manque de cohésion interne. Les diverses colonnes « brassées » ne répondent pas au chef de colonne, mais à leurs chefs de groupe.(25) Ce phénomène se confirme par l’éclatement du CMU après sa retraite.

Tchad_Mouvements politico-militaires au Tchad (2007-2008)

Zones opérationnelles des principaux mouvements politico-militaires tchadiens. Si les
mouvements de l’Est sont les plus médiatisés, les autres sont également très actifs, comme le MPRD, avec un raid spectaculaire sur N’Djamena en novembre 2005. [Abréviations : voir texte]

Le 19 février 2008, le Front de Salut de la République (FSR) crée le Conseil de la Révolution (CR), présidé par Ahmad Hassaballah Soubiane, auquel se joint la Concorde Nationale Tchadienne (CNT) du Dr Hassan Salleh al-Djinedi. Il crée également un Etat-major Général destiné à coordonner les forces militaires du CR.

Le 25 février 2008, l’UFDD, l’UFDD/F et le FSR constituent l’Alliance Nationale (AN), qui remplace le CMU et reste sous la présidence du général Mahamat Nouri. La nouvelle coalition est orientée sur une prise du pouvoir par la force et s’engage à établir une période de pré-transition d’une durée maximale de six mois, durant laquelle, une constituante — le Forum National Souverain — comprenant des représentants de la société civile devrait établir les bases politiques du futur gouvernement. Au début mars, le colonel Adouma Hassaballah, écarté de la conduite du nouveau mouvement, quitte l’UFDD avec son mouvement, le RND. Parallèlement, le RFC de Timane Erdimi refuse l’autorité du général Mahamat Nouri et se retire de l’Alliance Nationale.

Le 12 mars 2008, le RND du colonel Adouma Hassaballah et le RFC de Timane Erdimi créent l’Union des Forces pour le Changement et la Démocratie (UFCD),(26) qui rassemble ainsi les principaux groupes armés des ethnies du Ouaddaï. Selon le général Nouri, l’UFCD compterait quelque 2 000 combattants. L’UFCD rejoint l’Alliance Nationale le 28 mars 2008.(27) Le 13 mars 2008, le MDJT, qui a soutenu l’offensive de février 2008, intègre l’UFDD. L’Alliance Nationale Compte alors un effectif évalué à 10 000-15 000 combattants.

Union des Forces pour le Changement et la Démocratie — Bureau Exécutif (août 2008)

  • Président : Colonel Adouma Hassaballah
  • Premier vice-Président : Djibrine Assali Hamdallah
  • Deuxième vice-Président : Mahamat Ahmat Ishakh
  • Secrétaire général : Abdallah Ramadan
  • Secrétaire général adjoint Abdelkerim Omi
  • Ministre de la Défense : Adam Abdoulaye (alias Tounissi)

Source : Décision N°003/UFCD/BE/08 (03.08.2008)

La particularité des mouvements de l’opposition tchadienne — et de l’opposition politico-militaire en particulier — est de n’avoir qu’une très faible représentativité populaire. Or, la visibilité de ces mouvements s’est accrue, notamment en raison du soutien qui leur est apporté par la communauté internationale (au Tchad et à l’étranger) et qui donne l’illusion d’une réelle opposition populaire au régime du président Déby-Itno. Ce soutien peu éclairé à ces divers groupes contribue très significativement à l’insécurité dans le pays.

Tchad Alliance Nationale (mars 2008)
Tchad Alliance Nationale (mars 2008)

Mais les dissensions au sein de l’UFDD resurgissent en raison de tensions d’origine tribale. Le 24 juillet 2008, sont créées à Moudeina les Forces Nouvelles (FN), dirigées par Abida Mahamat Gourbal.

Relations tchado-soudanaises

Les relations entre le Soudan et le Tchad paraissent souvent ambiguës car elles sont en grande partie déterminées par les relations entre les tribus qui vivent à cheval sur la frontière. C’est avec l’appui explicite du Soudan que le président tchadien Deby Itno est arrivé au pouvoir au Tchad.

Depuis le début des années 2000, les mouvements de l’opposition armée tchadienne trouvent régulièrement refuge sur le territoire soudanais, laissant paraître une certaine complaisance de la part du Soudan, voire — selon les affirmations du président tchadien — une volonté de déstabilisation. La réalité est plus complexe. Plusieurs tribus qui vivent à cheval entre le Tchad (Biltine, Ouaddaï et Salamat) et le Soudan (Darfour Occidental) ne connaissent pas de frontières et se déplacent librement entre les deux pays. Rebelles et criminels des deux pays opèrent et se réfugient alternativement sur les deux territoires tout en ayant le soutien de leurs tribus. Toutefois, l’interaction entre ces tribus et le pouvoir en place est très différente dans les deux pays. A Khartoum, l’équilibre tribal au sein du gouvernement reflète des rivalités qui se situent essentiellement dans la partie centrale du Soudan et où le Darfour n’a — traditionnellement — que peu de rôle. Au Tchad, en revanche, les relations entre tribus de l’Est du pays déterminent très directement les rapports de force à N’Djamena.

Ceci explique les relations tumultueuses entre le président Deby Itno et le Mouvement pour la Justice et l’Équité (MJE)(28), essentiellement composé de Zaghawa Bideyat, qui ont des hauts et des bas, selon que le président voit le MJE comme un concurrent ou comme une aide contre d’autres groupes tribaux. Ainsi, durant certaines périodes, le pouvoir tchadien a pourchassé le MJE, comme à la fin 2005, où Khalil Ibrahim (Zaghawa Kobe) a été chassé de N’Djamena. A d’autres périodes il a utilisé le MJE comme supplétifs des FANT (notamment en novembre 2007 et en janvier 2008) pour lutter contre les mouvements politico-militaires de l’Est du Tchad. Ainsi, le soutien tchadien à certains mouvements rebelles soudanais (notamment le ► Justice and Equality Movement (JEM) et le ► Sudan Liberation Movement (SLM) n’est pas dirigé contre le Soudan, mais vise des objectifs de politique intérieure tchadiens.

De son côté, le gouvernement soudanais a montré une attitude plutôt tolérante à l’égard des mouvements rebelles tchadiens sur son territoire. Cette passivité relative a souvent été exploitée par le président Deby-Itno pour accuser le Soudan de chercher à déstabiliser son pays. Ces accusations dépourvues de fondements concrets sont largement relayées par la communauté internationale et humanitaire, et expliquées par le fait que le gouvernement soudanais chercherait ainsi à infléchir L’aide apportée par le Tchad aux mouvements rebelles soudanais. La réalité est plus prosaïque. Déjà engagé dans un conflit contre des mouvements insurgés au Darfour, le gouvernement soudanais ne cherche pas à s’ajouter un adversaire. Par ailleurs, dans le collimateur des pays occidentaux, le Soudan n’a pas d’intérêts objectifs à déstabiliser son voisin, ce qui le placerait dans une situation encore plus difficile au plan international. Les affirmations du président tchadien visent essentiellement à minimiser l’importance de l’opposition au Tchad et à découpler cette opposition d’éventuels soutiens internationaux. En fait, le gouvernement soudanais applique une politique pragmatique envers les mouvements politico­militaires tchadien dont la seule présence au Darfour limite le champ d’action des rebelles soudanais, ainsi qu’en témoignent les nombreux affrontements entre eux. Le gouvernement soudanais bénéficie ainsi d’une sorte de politique de « diviser pour régner » qui existe de fait et qu’il n’a pas besoin de gérer.

Mais il serait faux de prétendre que le Soudan cherche à déstabiliser le Tchad, voire d’avoir des velléités de l’envahir. Le 19 mars 2006, Salah Abdallah « Gosh », chef du National Security and Intelligence Service (NSIS), le service de sécurité soudanais, rend visite au Président Deby-Itno, afin de discuter et coordonner l’expulsion des groupes armés tchadiens du territoire soudanais. Cette opération, qui s’effectuera peu après, sera à l’origine des affrontements entre rebelles et forces tchadiennes dans le Biltine (WadiFira) et le Ouaddaï et poussera finalement les rebelles à tenter une offensive vers N’Djamena.

Les signes de coopération entre les deux pays existent, même s’ils ne se traduisent pas toujours par des résultats concrets. Les deux pays ont signé le 7 novembre 2003 un accord pour la surveillance conjointe des frontières. Mais cet accord reste lettre morte, principalement en raison de l’inaction du Tchad. Cet accord entre les deux pays est complété en 2004 par un accord entre le gouvernement du Darfour Occidental et la préfecture du Ouaddaï, donnant aux deux pays un droit de poursuite contre les groupes armés dans leurs territoires respectifs, mais il n’a jamais été mis en pratique. Cet accord est suivi d’un accord tripartite signé le 8 février 2006, à Tripoli (Libye) entre le Soudan, le Tchad et la République Centrafricaine, qui prévoyait une coordination pour la surveillance des frontières et la mise en place — comme dans l’accord de 2003 — de patrouilles conjointes le long de la frontière soudanaise. La mise en place de ces patrouilles — pour lesquelles la Libye s’est engagée à fournir du matériel — n’a jamais été opérationnelle, notamment en raison du manque d’engagement du Tchad. Dans les faits, le Soudan s’est toujours montré plus intéressé que son voisin à une coopération transfrontalière.
(1)Le FNTR sous sa forme actuelle a été créé le 17 juillet 2005 par la fusion du FNTR — lui-même créé le 3 avril 1996 et présent dans la région « des trois frontières » à l’Est du pays et du Front National du Tchad (FNT) surtout présent dans le Ouaddaï.
(2)Le FDP a été créé le 15 novembre 1996. Il considère la lutte armée comme un complément à l’action politique et mène ses premières actions militaires en février 1998.
(3)Le FPRN a été créé au l’ janvier 2004 par la fusion du Front National du Tchad (FNT) et du Mouvement pour la Démocratie et la justice Sociale (MDIS).
(4)L’appellation de « coupeurs de routes » est utilisée communément au Tchad, au Cameroun, au Niger et en République Centrafricaine, pour désigner des « bandits de grands chemins » modernes, qui attaquent les convois et véhicules pour dévaliser (out tuer) leurs occupants.
(5)Cette alliance militaire est appelée alternativement « Commandement Unifié» ou « Coordination Nationale ».
(6)Le CDR est exclu de l’UFC le 30 octobre 2006, à la suite de sa fusion avec I’UFDD.
(7)A la fin octobre 2006, le FPRN met à disposition de l’UFPD un « bataillon » pour les combats contre l’Armée Nationale Tchadienne (ANT) (Communiqué du colonel Koukou Adoum Yacoub, 02.11.2006)
(8)Le MDD se retirera de l’UFC à la fin janvier 2007. (Communiqué du Comité Exécutif de l’UFC, 30.01.2007)
(9)A noter que l’UFDD est le résultat d’une fusion des mouvements qui le composent, au contraire d’autres entités tchadiennes qui ne sont que des coordinations ou des fédérations de divers mouvements. L’UFDD a ainsi un commandement intégré. (Communiqué no 001 du 10 janvier 2007 de l’UFDD — 001/UFDD/BE/ComInf).
(10)Chiffre donné par l’opposition politico-militaire tchadienne en mai 2007.
(11)Il rejoint l’UFDD le 2 novembre 2006.
(12)Hassan Dahab succède à Adoum Moussa Seif décédé le 17 mars 2006 au Bénin de mort naturelle.
(13)Il rejoint l’UFDD le 2 novembre 2006.
(14)Chiffre donné par l’opposition politico-militaire tchadienne en mai 2007.
(15)Chiffre donné par l’opposition politico-militaire tchadienne en mai 2007.
(16)Le CAR intègre le Mouvement National pour le Redressement du Tchad (MNRT) dès le 7 octobre 2007 et quittera le RFC au 18 octobre.
(17)Le SCUD quitte le RFC pour former une Coordination Militaire et Politique avec le RAFAD, le 8 juin 2007.
(18)Le RAFAD engendre le RAFAD-Rénové en juin 2007.
(19)Le FPT se retire du CNT en mai 2007, mais le Dr al-Djinedi reste le chef de la CNT.
(20)Communiqué du CNT N 002/CNT/CEMGA-Adjt / du 6 juin 2007
(21)Communiqué de la CNT, Commandement Général N° CNT/CG/001/2007, du 3 décembre 2007.
(22)Communiqué N° 001/P/FSR/07 du FSR, 09.07.2007 à Moudeïna
(23)Le 4 avril 2008, la CNT/R rejoindra les rangs de l’UFDD/F (Communiqué n° 04/UFDD-F/08)
(24)Egalement mentionné sous l’appellation de Coordination Militaire Unifiée. Ce CMU n’a pas de lien de continuité avec le CMU établi le 4 septembre 2006 (voir plus haut).
(25)Interview du général Mahamat Nouri (AFP, 18.02.2008)
(26)Communiqué de l’UFCD
(27)Mise au point de l’UFCD n°01/UFCD/BE/08
(28)Connu au Soudan sous l’appellation de ► Justice and Equality Movement (JEM).