terrorisme nucléaire

Forme de terrorisme utilisant la menace nucléaire pour atteindre ses objectifs. Il peut prendre la forme d’un chantage nucléaire effectué par un pays possédant l’arme nucléaire ou bien être le fait de groupuscules disposant d’armes nucléaires de conception artisanale.

Le terrorisme nucléaire peut prendre les formes suivantes:

Attaque contre une centrale nucléaire

Un attentat à l’explosif au moyen d’un véhicule-bombe est possible, mais ses effets seraient limités étant donné l’épaisseur du blindage des réacteurs actuels. Une autre possibilité serait de créer un incident empêchant le refroidissement du réacteur: une sorte de Tchernobyl volontaire. Il impliquerait cependant probablement des complicités à l’intérieur de la centrale.

Dispersion de matières radioactives

La dispersion de matières radioactives, de manière limitée, paar exemple au moyen d’explosif conventionnel – appelée communément “bomb sale” peut être envisagée. On utilise ici des matériqux qui ne peuvent pas être utilisés pour la fabrication de bombes nucléaires, mais qui présentent une radioactivité suffisante pour causer la mort. En fait, l’obtention d’une dispersion suffisante est un problème technique non trivial avec des résultats relativement aléatoires. Une bombe sale pourrait cependant conduire à des effets de panique.

Le 8 mai 2002, suspecté de préparer une “bombe sale”, José Padilla (alias Abdullah al-Mujadjir) est arrêté après son atterrissage à l’aéroport de Chicago de retour du Pakistan. Malgré ses dénégations – mais avec des “aveux” extprqués sous la torture – ► Padilla est resté inculpé – et condamné – pour tentative d’attentat terroriste.

Le 23 novembre 1995, ► Chamyl Basaïev, un des chefs de la guérilla tchétchène(2) annonçait à la télévision russe que quatre valises contenant du césium avaient été cachées dans Moscou. Une des valises retrouvées contenait 32 kilos de césium 137, avec une radioactivité 310 fois supérieure à la normale.

Dans ce contexte, on peut également utiliser des matières radioactives pour éliminer des individus de manière ciblée et discrète. Le KGB soviétique et la Securitate roumaine ont déjà utilisé ce procédé et la ► Mafiya russe l’a utilisé à au moins 6 reprises en 1994-95, en exposant des individus à du césium 137 et du cobalt 60.

L’usage d’une bombe nucléaire artisanale ou volée.

La bombe artisanale, bien que théoriquement faisable, n’a encore jamais été réalisée par des groupes terroristes. Si la réalisation d’une bombe était si facile, des pays comme l’Iran et autres – qui n’ont pas le handicap de la clandestinité – auraient pu mettre au point depuis longtemps des armes nucléaires fiables. Par ailleurs, certains composants, comme le plutonium-239 ou l’uranium-235 de qualité militaire sont très difficile à obtenir dans des quantités utilisables pour la réalisation d’une bombe.

terrorisme nucleaire_Estimation des effets d'une bombe sale au cesium sur Paris

Ces dernières années, le chaos en matière de sécurité dans l’ex-URSS, le marasme économique, la gestion lacunaire des stocks de matériaux fissiles et la criminalité organisée ont concouru à mettre sur le marché mondial toutes les matières premières nécessaires à la réalisation de bombes nucléaires. Ainsi, alors que le salaire moyen d’un scientifique nucléaire russe est de l’ordre de 67 dollars, des pays comme l’Iran sont prêts à payer des salaires de 5 000 dollars.

Chantage exercé par un pays disposant de l’arme nucléaire.

Bien qu’un chantage au missile nucléaire par un Etat puisse être assimilé à du terrorisme au sens large du terme, il s’agit-là d’une forme de ” terrorisme ” s’exerçant de pays à pays (peu différent, en fait, des bombardements contre la Serbie au printemps 1999) et qui n’est pas le fait de groupes radicaux et s’inscrivant dans un processus révolutionnaire.

Un tel chantage est cependant difficile à mettre en œuvre, pour un pays ne disposant pas une capacité nucléaire dissuasive et d’une infrastructure de protection suffisante. Depuis longtemps évoqué, et rendu plus vraisemblable par le foisonnement de scientifiques et de matériaux fissiles sur le marché clandestin, cette forme de terrorisme n’a encore jamais été mise en pratique.

Les stratégies terroristes

Dans la perspective d’un attentat nucléaire, l’analyse du type de mouvement terroriste revêt une importance essentielle. Les mouvements terroristes à tendance révolutionnaire utilisent rarement ” gratuitement ” leur capacité de destruction. Il s’agit le plus souvent d’atteindre une certaine audience, plutôt que de la détruire. Un attentat nucléaire limiterait probablement le soutien populaire / politique du mouvement.

Les terroristes de guérilla, qu’ils soient dans des mouvements de libération ou séparatistes ne cherchent pas nécessairement la destruction totale du pas ou du territoire qu’ils veulent libérer. L’option nucléaire, théoriquement possible, reste peu probable dans ces cas.

Par ailleurs, on constate que, si les mouvements terroristes ont une grande capacité d’adaptation et montre une aptitude à améliorer leurs techniques et à apprendre des erreurs du passé, ils n’en restent pas moins très conservateurs dans les tactiques. En effet, il s’agit avant tout d’obtenir des succès. Les erreurs et les occasions manquées ne sont pas permises. Dès lors, ils utilisent généralement les tactiques et méthodes simples et éprouvées qui marchent.

De plus, les mouvements terroristes préfèrent utiliser des menaces qu’ils sont capables – et n’ont pas peur – de mettre à exécution.

Il peut en être différemment certains types de mouvements terroristes religieux, pour qui la création d’une situation apocalyptique n’est pas un obstacle. Il pourrait même s’agir, pour certains mouvements d’une ” purification ” de l’humanité. C’est le cas de mouvement du type de la secte ► AUM au Japon, qui a cherché à exploiter des mines d’uranium en Australie et à acheter des ogives nucléaires en Russie, avant de s’engager dans la voie de l’arme chimique.

Le terrorisme islamique, bien qu’il ait manifesté une violence brutale dans le monde et bien qu’il puisse compter sur l’appui de pays qui pourraient disposer de l’arme nucléaire, n’est pas un terrorisme apocalyptique. Il cherche essentiellement à atteindre des objectifs politiques, et non la purification de l’humanité, pas plus qu’il ne cherche la destruction de la chrétienté.

Un facteur particulier intervient cependant, est l’escalade nécessaire pour obtenir une visibilité dans les médias. La banalisation de la violence et des catastrophes pousse les terroristes à rechercher des effets spectaculaires. Ainsi, Timothy McVeigh, l’un des auteurs de l’attentat d’Oklahoma City devait déclarer : ” […] nous avions besoins d’un nombre de cadavres pour faire passer notre idée. “(1) Que le phénomène soit réel ou l’effet d’une perception particulière importe peu. Le résultat est qu’il pousse le terroriste à maximiser l’impact médiatique de son action.

Les mesures prises

Afin de réduire le risque de retrouver des matériaux fissiles russes dans les mains de mouvements criminels ou terroristes, les Etats-Unis ont lancé en 1992 le Co-operative Threat Reduction Programme. Il s’agit d’un programme par lequel les USA s’engagent à participer financièrement au transport de matériaux nucléaires dans des usines de retraitement ou dans des zones de stockage surveillées dans les pays de l’ex-URSS. A travers ce programme, les USA ont également racheté plusieurs milliers de tonnes de matériaux fissiles de qualité militaire. C’est également l’objectif premier du Partenariat Global (Global Partnership) mis en place dans le cadre du G-8, lors de son sommet de Kananaskis, au Canada, le 27 juin 2002. Les membres du G-8 se sont engagés à consacrer US$ 20 milliards sur dix ans pour mettre en place un certain nombre de mesures. Il s’agit en substance de favoriser l’échange d’informations, harmoniser les méthodes et procédures d’élimination des matériaux dangereux, harmoniser et coordonner les mesures de lutte contre le trafic de ces matériaux, etc.

(1)Texte original: “[…]We needed a body count to make our point.”, New York Times, 01.03.97