terrorisme parrainé par un Etat (State Sponsors of Terrorism)

(En anglais: state sponsored terrorism) Forme de terrorisme qui s’intègre dans la stratégie globale d’un Etat ou d’un groupe d’Etat, comme élément d’une stratégie directe (comme l’Iran à l’égard d’Israël) ou d’une stratégie indirecte. Il ne doit pas être confondu avec le ► terrorisme d’Etat qui, lui, est (aussi) utilisé comme moyen de lutte contre le terrorisme.

Le Département d’Etat américain publie une liste qui fait autorité des pays parrainant le terrorisme. Cette liste est cependant fortement politique. Ainsi, après la crise entre l’Iran et les Etats-Unis, l’Irak à été retiré de la liste. En 2012, cette liste comprend Cuba, l’ ► Iran, le Soudan, la Syrie

Liste américaine des pays accusés de soutenir le terrorisme (2012)

Pays, Date d’inclusion dans la liste
Cuba, ler mars 1982
Iran, 19 janvier 1984
Soudan, 12 août 1993
Syrie, 29 décembre 1979

Site Internet: http://www.state.gov/j/ct/c14151.htm

Souvent, ces pays ont été insensibles aux différentes tentatives de pressions politiques, économiques ou militaires de la communauté internationale pour cesser ce parrainage. En fait, même le raid américain sur la Libye, en avril 1986, souvent cité pour son efficacité, n’a pas ralenti la Libye. On compte au moins 15 attentats en 1987, et 8 en 1988 qui peuvent être attribués à un parrainage libyen (voir ► Armée Rouge Japonaise).

La notion de « soutien » au terrorisme est souvent assez vague. Dans le monde de l’après-guerre froide, ce soutien est le plus souvent passif : il ne répond pas à des objectifs spécifiques, mais traduit une absence de volonté de combattre un ou des groupes terroristes. Mais le plus souvent, le fait de porter un pays sur cette liste est davantage pour le mettre sous une pression internationale. Ainsi, Cuba ne soutient plus de mouvements terroristes ou de guérilla depuis la fin de la guerre froide et les affirmations américaines dans ce domaine n’ont jamais pu être confirmées. Au contraire, Cuba a souvent utilisé son image « révolutionnaire » pour offrir sa médiation dans un certain nombre de conflits en Amérique latine. Le ► Soudan, qui pourtant coopère activement avec les Etats-Unis dans la lutte contre le terrorisme international et islamiste, est maintenu sur cette liste uniquement à cause de la question du Darfour (et probablement pour le gouvernement accorde aux Etats-Unis le droit d’opérer sur son territoire). La ► Libye, longtemps sur cette liste, en a été retirée récemment en raison de l’accord passé pour la réparation de l’attentat de Lockerbie.(1) La Syrie, ne soutient plus de manière active le terrorisme depuis le début des années 90, mais le fait qu’elle abrite les bureaux politiques de plusieurs mouvements considérés comme terroristes (notamment le ► Hamas, le ► Front Populaire de Libération de la Palestine). La Corée du Nord en a été retirée en 2008 après avoir explicitement renoncé à la production d’armes nucléaires.

Plus surprenant encore, l’inclusion de l’Islande par la Grande-Bretagne sur sa liste des pays parrainant le terrorisme, le 8 octobre 2008. Lors de la crise financière de l’été 2008, le gouvernement britannique a demandé au gouvernement islandais de garantir le montant de l’épargne d’environ 300 000 britanniques, clients de la banque en ligne Icesave, filiale de Landsbanki Devant le refus des autorités islandaises, le gouvernement britannique a décidé d’invoquer la législation anti­terroriste et de placer l’Islande sur la liste des pays parrainant le terrorisme afin de pouvoir geler les avoirs de la banque Landsbanki.

La liste des pays soutenant le terrorisme est ainsi davantage un outil de pression politique qu’un moyen de lutter contre le terrorisme. En fait, paradoxalement, l’un des rares pays parrainant effectivement le terrorisme en 2008 sont… les Etats-Unis. En effet, le gouvernement américain, après avoir financé et formé des mouvements rebelles kurdes et islamistes en Irak (comme l’ ► Accord National Irakien ou le Congrès National Irakien — afin de renverser Saddam Hussein — dans les années 90, finance et entraîne divers mouvements terroristes en Iran, afin de le déstabiliser. Les Etats-Unis ont financé et organisé clandestinement des mouvements de résistance au Tibet durant les années 90, notamment en leur offrant des camps d’entrainement aux Etats-Unis et au Népal. Les rumeurs persistantes sur l’engagement des services de renseignements américains dans l’explosion de violence au Tibet en 2008 semblent se confirmer.(2)

En mars 2007, l’adoption par le président Bush, d’un « Presidential Finding »(3) pour intensifier les opérations clandestines en Iran a permis le soutien actif de certains mouvements insurgés en Iran, avec l’objectif de déstabiliser le gouvernement. Ces opérations s’appuient sur les mouvements séparatistes baloutches et ahwazi, ainsi que sur d’autres organisations dissidentes. Ce soutien s’applique à des groupes tels que le ► Parti de la Vie Libre au Kurdistan (PJAK) ou le ► Modjahedin-e-Khalq (MeK), considérés (par les USA aussi !) comme des mouvements terroristes.(4) Ainsi, quelle que soit la justification militaire que l’on donne à ces actions, elles contreviennent aux règles de l’Etat de droit et ont, à terme une action déstabilisante qui a tendance à radicaliser les rapports internationaux et accroît les tensions internes des pays visés.

C’est ainsi que les actions transfrontalières répétées de l’aviation et des forces spéciales américaines sur le territoire pakistanais pour lutter contre les Taliban ont eu pour effet majeur d’augmenter la popularité du mouvement Taliban et du djihadisme au Pakistan. Ces actions ont eu un effet déstabilisant et ont contribué à la chute du gouvernement du Président Moucharraf, qui tentait — à sa manière et à son rythme, il est vrai — de lutter contre le terrorisme djihadiste.

(1)De manière assez étrange, les organes de renseignement électronique américains avaient alors détecté un engagement de l’Iran dans l’attentat de Lockerbie. Or, c’est contre la Libye que les pressions internationales se sont exercées. Il n’est pas impossible que la Libye est préféré accepter la responsabilité de l’attentat et d’en assumer les conséquences financières, plutôt que de rester sur la liste des pays parrainant le terrorisme.
(2)Richard M. Bennett, “Tibet, the `great game’ and the CIA”, Asia Times, 26 mars 2008
(3)Aux Etats-Unis, le « Presidential Finding » est un décret présidentiel, équivalent à l’ « Executive Order ». A la différence de l’Executive Order, le Presidential Finding n’est pas obligé d’être publié dans le Registre Fédéral des décisions exécutives. (CRS Report for Congress, Harold C. Relyea, Presidential Directives: Background and Overview, Updated April 23, 2007)
(4)Seymour Hersh, “Preparing the Battlefiele, The New Yorker, 7 juillet 2008