terrorisme

Depuis le début de la guerre froide, aucune définition cohérente et universelle du terrorisme n’a pu être adoptée sur le plan international, rendant ainsi inefficace les multiples résolutions de l’ONU contre le terrorisme international. Pour les pays communistes :

« (…) il est inacceptable de donner une large interprétation au terme « terrorisme international » et de l’étendre jusqu’à couvrir des mouvements de libération nationale ou des actes commis en résistant à un agresseur dans des territoires occupés »(1)

A l’intérieur d’un même pays, les organes impliqués dans la lutte contre le terrorisme ont souvent des définitions différentes. Ainsi, aux Etats-Unis, parmi les nombreuses définitions existantes, quatre exemples :

  • Le Département de la Défense :

« L’usage calculé d’une violence illégale ou d’une menace de violence, afin d’induire la peur ; avec l’intention de contraindre ou d’intimider des gouvernements ou des sociétés dans la poursuite d’objectifs qui sont généralement politiques, religieux ou idéologiques. »(2)

  • Le Federal Bureau of Investigations (FBI) américain :

« …l’usage illégal de la force et de la violence contre des personnes ou la propriété afin d’intimider ou contraindre un gouvernement, la population civile ou toute partie d’elle, dans la poursuite d’objectifs politiques ou sociaux. »(3)

  • Le Département d’Etat :

« Le terme “terrorisme” signifie une violence préméditée, motive politiquement, perpétrée contre des objectifs non-combattants, par des groupes sub-nationaux ou des agents clandestins, généralement avec l’intention d’influencer une audience. »(4)

La Maison Blanche:

« Le terme « terrorisme » signifie une activité qui

  • implique un acte violent ou un acte dangereux pour la vie humaine, des biens ou des infrastructures ; et
  • semble avoir pour but
  • d’intimider ou contraindre une population civile ;
  • d’influencer la politique d’un gouvernement par l’intimidation ou la force ; ou
  • d’affecter le comportement par des destructions massives, des assassinats, des enlèvements ou des prises d’otages. »(5)

Il est à noter que les définitions du Département d’Etat et du FBI ne considèrent par exemple pas les attentats contre des militaires comme des actes de terrorisme. Ainsi, des attentats comme ceux de Beyrouth, qui ont touché les militaires français et américains en 1983, ne seraient pas considérés comme des actes de terrorisme ! Mais si ils l’étaient les attentats de la résistance française contre l’occupant seraient-ils alors des actes terroristes ?

En Grande-Bretagne, le Terrorism Act 2000, définit le terrorisme comme :

« 1 Terrorisme: interprétation

(1) Dans cet Act “terrorisme” signifie l’usage ou la menace d’actions dans lesquelles -

(a)    l’action tombe sous l’article (2),
(b)    l’usage ou la menace est destine à influencer un gouvernement ou une organisation gouvernementale ou à intimider le public ou une partie du public, et
(c)l’usage ou la menace est utilisée pour faire progresser une cause politique, religieuse ou idéologique. .

(2) L’action tombe sous cet article si elle

(a) implique une violence grave contre une personne,
(b) implique de graves dommages à la propriété,
(c) met en danger la vie d’une personne autre que celle de la personne commettant l’action,
(d) crée un grave risqué pour la santé ou la sécurité du public ou d’une partie du public, ou
(e)est destiné à interférer gravement dans un système électronique ou à le perturber gravement.

(3) L ‘usage ou la menace d’action tombant sous l’article (2), qui implique l’emploi d’armes à feu ou d’explosifs est du terrorisme que l’article (1)(b) soit satisfait ou non. [..] »

Comme on le constate, ces définitions permettent de définir le caractère criminel d’un acte (terroriste). En revanche, elles n’offrent aucune indication sur la dimension stratégique du terrorisme, qui puisse contribuer — ou même inciter — à adopter des mesures réellement préventives.

A la fin août 2005, un « noyau dur » de 33 pays a été chargé au sein des Nations Unies d’établir une définition du terrorisme qui puisse être débattue à l’Assemblée Générale. Les dissensions au sein du groupe sont nombreuses. Les plus importantes sont :

  • La perception par les pays en voie de développement que la « résistance contre une occupation » ne peut être assimilée à du terrorisme et doit ainsi être retirée de la définition (référence au conflit israélo-palestinien)(6) ;
  • Les opérations militaires dirigées contre des civils ou occasionnant des « dommages collatéraux » doivent être considérées comme du « terrorisme d’Etat » (référence aux méthodes utilisées par les Etats-Unis et Israël) ;
  • L’intégration de la notion des « causes du terrorisme » dans la définition (référence à l’Irak et à la Palestine).

Tentative de définition

Le problème de la définition réside essentiellement dans la dimension émotionnelle intrinsèque du terrorisme. Dans les pays occidentaux, les définitions du terrorisme sont invariablement associées à un jugement de valeur et expriment une réprobation. Elles sont en fait, plus juridiques que stratégiques. En d’autres termes, elles doivent davantage permettre de punir les terroristes que les combattre. Elles sont le plus souvent inutiles au plan stratégique, car elles ne décrivent pas le phénomène, mais uniquement ses effets. L’action internationale actuelle contre le terrorisme est en parfaite cohérence avec les définitions que nous utilisons : nous (l’Occident) privilégions le traitement policier du problème… et nous ne pourrons jamais le maîtriser de cette manière.

Les définitions «juridiques » du terrorisme doivent donc être complétées par une définition qui permette l’action stratégique et non seulement l’action policière. Dans cet esprit, la définition suivante est proposée :

Le terrorisme n’est pas une doctrine, c’est une méthode, fondée sur l’intimidation. Elle a comme principe l’emploi d’actions tactiques pour atteindre des objectifs stratégiques.

Dans cette définition qui, il faut le rappeler, est destinée à modeler l’action stratégique et à appréhender la nature asymétrique d’un conflit, les effets matériels du terrorisme ne sont pas pris en compte. Car en effet, pour la plupart des formes de terrorisme, l’effet recherché est moins important que le fait d’avoir agi.

On contraire d’une opinion largement répandue en Occident, la quantité de morts est le plus souvent sans intérêt pour le terroriste. L’important est qu’il y ait des victimes. Ainsi, Timothy McVeigh, l’un des auteurs de l’attentat d’Oklahoma City devait déclarer :

« […] nous avions besoins d’un nombre de morts pour faire passer notre idée. »(7)

La principale difficulté dans l’élaboration d’une définition acceptable au plan international vient du fait que les pays occidentaux (qui sont généralement la cible des attentats) tendent à juger le terrorisme par ses effets, alors que les pays du Tiers-Monde ont tendance à le juger en fonction de la légitimité du combat mené. La vision occidentale conduit à des stratégies de lutte contre le terrorisme plus dirigées sur les effets du terrorisme (antiterrorisme) que sur ses causes (contre-terrorisme).

Catégorisation de la nature du terrorisme

Afin de bien comprendre et de cerner le terrorisme, il est impératif d’en distinguer les diverses manifestations. A priori, rien ne différencie deux attentats à la bombe même s’ils ont été commis dans des circonstances différentes et le danger est de chercher à y apporter des réponses très similaires. Comprendre comment « fonctionne » le terrorisme est essentiel pour anticiper et comprendre ses actions.

Trop souvent, les « experts » occidentaux cherchent à le catégoriser en fonction de ses effets. La notion d’ « hyper-terrorisme », par exemple, n’a littéralement aucun sens, autre que d’en sous-entendre les effets. La mécanique du terrorisme est affectée par deux facteurs essentiels : la finalité et l’ancrage populaire du mouvement. Ces deux éléments déterminent dans une large mesure la stratégie du groupe.

En se fondant sur les critères de finalité et d’ancrage dans les populations, on peut établir une typologie, qui exprime des types de terrorisme :

  • Le ► terrorisme de « droit commun » est l’usage de la terreur pour satisfaire des objectifs exclusivement criminels. Ces objectifs sont le plus souvent de nature rationnelle et visent à promouvoir une activité criminelle lucrative, comme le terrorisme de la ► Mafia en Italie, le ► narcoterrorisme en Amérique du Sud. Il peut également être de fait de psychopathe comme ► UNABOMBer aux USA. Souvent associé à la grande criminalité organisée, la difficulté à le combattre est plus due à l’efficacité de ses structures qu’à la complexité politique de l’action.
  • Le terrorisme marginal est le fruit d’une poignée d’illuminés, qui tentent d’entamer un processus révolutionnaire, mais sans aucun support populaire. En raison d’une préparation idéologique souvent insuffisante, leur action s’inscrit difficilement dans une réelle perspective politique. De plus, dépourvus de soutien populaire, ces groupes doivent généralement recourir à des exactions pour survivre et ont ainsi un comportement souvent semblable à celui de bandes criminelles. Dans cette catégorie figurent des groupes comme la ► Rote Armee Fraktion (Bande à Baader) ou ► Action Directe. Les ► Brigades Rouges en Italie peuvent partiellement être rattachées à cette catégorie. L’absence d’ancrage politique et populaire en fait l’une des natures de terrorisme les plus faciles à combattre.
  • Le ► terrorisme politique s’inscrit dans un véritable processus révolutionnaire, mais juste en amont d’un conflit ouvert. Il constitue souvent l’outil armé de partis politiques officiels, dont il exploite le soutien populaire pour se légitimer. C’est le cas de l’ ► Irish Republican Army (IRA), de l’ ► Euskadi Ta Askatasuna (ETA), etc. Sa distinction avec le terrorisme de guérilla est souvent délicate et son ancrage populaire le rend difficile à combattre.
  • Le ► terrorisme de guérilla s’inscrit dans un processus révolutionnaire ou dans une guerre de libération en cours, et qui bénéficie d’un large soutien populaire. En général, dans les conflits non-communistes et/ou non-révolutionnaires, le terrorisme de guérilla n’est qu’une forme de coups de main, dont les objectifs sont plus opérationnels que politiques. Compte tenu de son ancrage populaire, il ne peut être combattu que par une combinaison complexe de mesures politiques et sécuritaires. Les exemples contemporains sont le terrorisme des ► Taliban en Afghanistan et les divers mouvements de résistance en Irak. Dans ces deux pays, les stratégies occidentales continuent à être très mal conçues et ne font que renforcer l’assise populaire des terroristes.
  • Le ► terrorisme religieux, qui est le plus récent – au moins sous sa forme moderne – s’inscrit dans une croisade contre l’« infidèle ». Il se veut porteur d’un message religieux. Il se rapproche du terrorisme politique, mais s’en distingue généralement par une violence plus intense. Il ne doit pas être confondu avec le terrorisme de guérilla qui utilise la religion comme support dans une démarche nationaliste, comme le ► Hamas palestinien ou les ► Taliban, dont la finalité de l’action est politique. Ce type de terrorisme est pratiqué par des groupes comme le ► Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC)(8) ou divers groupes terroristes au Pakistan.
  • Le ► terrorisme à cause unique est très proche du terrorisme religieux quant au fond, mais différent quant au ciblage de ses objectifs. Il s’est surtout développé dans les pays anglo-saxons et touche depuis quelques années seulement le Vieux Continent. Il comprend les mouvements végétaliens, écologistes, anti­avortement et antispécistes, ainsi que les mouvements racistes.

Les divers types de terrorisme peuvent se manifester sous des formes différentes. La forme du terrorisme ne préjuge pas de ses objectifs, mais simplement d’une manière particulière de les atteindre. Ces formes dépendent donc des ressources et moyens engagés par l’organisation terroriste. Elles ne sont pas exclusives (par exemple un mouvement terroriste religieux pourrait à la fois avoir une stratégie de terrorisme international et nucléaire). Les principales formes identifiées sont :

Ainsi, types et formes de terrorisme se combinent en une matrice qui met en regard les types (associés aux objectifs) et les formes (associées au mode opératoire) du terrorisme.

(1)Haffrey, N. “The UN and International Efforts to Deal with Terrorism”, Pew Case Studies in International Affairs, 1998.
(2)Department of Defense, Dictionary of Military and Associated Terms, Joint Publication 1¬02, 12 April 2001, (As Amended Through 04 March 2008).
(3)Code of Federal Regulations 28, Section 0.85
(4)US Department of State, Patterns of Global Terrorism — 2002, Washington DC, April 2003
(5)Executive Order on Terrorist Financing, The White House, 23 septembre 2001
(6)Cette position reflète la position de l’Organisation de la Conférence Islamique exprimée en juin 2005 au Yémen, qui « condamne le terrorisme sous toutes ses formes et manifestations, toute en reconnaissant l’importance de distinguer entre lui et la légitime résistance à une occupation. » (CBS News, 31.08.2005)
(7)Texte original : « needed a body count to make our point. » New York Times,
01.03.97
(8)Devenu la Base du Djihad dans le Maghreb Islamique