terroristes

La description du « terroriste » est étroitement associée aux diverses formes de terrorisme. Chaque forme de terrorisme – et souvent chaque mouvement – présente un profil de militants différent. Les définitions et profils donnés dans de nombreux ouvrages (et souvent utilisés par les services de renseignement eux-mêmes) sont teintés d’émotion et ne représentent pas une réalité objective.

Souvent évoqué, l’antagonisme apparent entre les notions de « terroriste » et de « combattant de la liberté », n’existe en fait pas. La notion de « terroriste » renvoie à l’usage d’une méthode (le terrorisme), alors que celle de « combattant de la liberté » évoque la finalité de son combat. En d’autres termes, un combattant de la liberté peut tout aussi bien être un terroriste, pour autant qu’il recourre au terrorisme pour parvenir à ses fins. Au plan sémantique, un « résistant », quelle que soit la noblesse de ses objectifs, peut ainsi tout aussi bien être un « terroriste », pour autant qu’il utilise des méthodes terroristes. Il en est ainsi de certains groupes en Irak, qui résistent certes à l’occupation étrangère de leur pays, mais qui utilisent néanmoins des méthodes terroristes, qui affectent leurs propres concitoyens (civils).

La nature des terroristes, leur psychologie, leurs motivations et leurs qualités intellectuelles sont déterminantes pour l’appréciation de la menace. Trop souvent, les qualificatifs de « fou » ou de « sanguinaire » apparaissent dans le vocabulaire occidental. Fréquemment même, on les compare à des « criminels en série ». La réalité est très différente, mais doit être nuancée en fonction des types de terrorisme.

Les martyrs

Les auteurs d’attentats-suicide (martyrs) palestiniens montrent un niveau de formation particulièrement élevé. En Israël, entre septembre 2000 et juin 2002, sur 143 « ► martyrs », 53 avaient une formation universitaire supérieure, 56 avaient le niveau du lycée et seuls 40 n’avaient qu’une formation d’école primaire. Ceci s’explique en partie par le fait que les mouvements islamistes, et particulièrement le Hamas, recrutent dans l’université A!-Najah de Naplouse et é l’Université Islamique de Gaza.(1) On observe que les terroristes sont souvent issus d’environnements relativement stables, sont des individus souvent calmes et réfléchis et sont rarement de « petites frappes ».

Les « martyrs » sont souvent jeunes. Toujours en Israël, on a pu dénombrer environ 67% des auteurs d’attentats-suicide ont entre 17 et 23 ans. D’une manière générale des « martyrs » du ► Hamas sont plus âgés que ceux du ► Djihad Islamique.

Selon les dirigeants des mouvements islamistes les candidats au martyr seraient nombreux :

« Nous ne pouvons pas offrir à [tous nos volontaires] une opération martyre parce que le nombre de cible est limité et que les objectifs ennemis que nous voudrions atteindre sont hautement fortifiées.» ►Salah Shehada

La sélection des candidats ne s’effectue pas au hasard et mobilise une infrastructure importante. On évite donc les risques d’échec par une sélection et une préparation soigneuses des candidats :

« Le choix est effectué selon quatre critères : Premièrement, l’observation diligente de la religion. Deuxièmement, nous vérifions que le jeune obéit aux voeux de ses parents, qu’il soit aimé de sa famille, et que son martyr n’affectera pas la vie de sa famille, c’est à dire qu’il ne soit pas chef de famille et qu’il ait des frères et soeurs — car nous ne voulons pas prendre des enfants uniques. Troisièmement, son aptitude à mener à bien la mission et à en comprendre la gravité. Quatrièmement, son martyr doit pouvoir encourager d’autres martyrs et encourager le Djihad dans les coeurs des gens. Nous préférons des gens non mariés. C’est le commandement régional de l’appareil militaire du Hamas qui propose sa candidature et qui décide de l’accepter. » ►Salah Shehada

La dimension sociale

Alors que le terrorisme d’extrême-gauche des années 60-80 s’inscrivait dans une perspective révolutionnaire internationale et de lutte des classes, le terrorisme moderne islamiste ne place pas vraiment son action dans un contexte social au sens occidental du terme.

A l’internationalisme socialiste des aimées 60-80 a succédé une tendance nationaliste sans doute stimulée par la mondialisation et la dominance croissante des valeurs occidentales. Ainsi, contrairement à ce l’on a souvent avancé, ce n’est pas l’échec du « modèle socialiste » qui a motivé une nouvelle forme de lutte, mais c’est une continuité contre l’emprise occidentale qui s’appuie sur des fondements différents.

Les mouvements islamistes montrent davantage une justification sociétale, basée sur une certaine vision de la société. Il est intéressant de constater que les auteurs de l’attentat du 11 septembre 2001 sont pratiquement tous issus de familles relativement aisées et ont eu l’opportunité de suivre une éducation supérieure en Occident. D’une manière générale, les mouvements islamistes ne placent pas leur action dans une perspective sociale ou de partage des ressources au sens occidental du terme. Il s’agit bien davantage de l’affirmation d’une forme d’identité, du désir d’être respecté et de la protection d’une forme de société et de son mode de vie (islamique).

Naturellement, les groupes où règnent la pauvreté et le chômage sont plus facilement vulnérables à un discours (violent) qui pourrait redonner un sens à une vie sans perspective. Il est certain que le terrorisme recrute d’autant plus facilement ses combattants qu’il n’y a pas d’autre enjeu à relever. Toutefois, l’objet de la lutte n’est que rarement associée à une dimension sociale au sens occidental du terme.

(1)Nachman Tal, « Suicide Attacks : Israel and Islamic Terrorism », Strategie Assessment, Volume 5, No.1, Juin 2002