Tigres de Libération de l’Eelam Tamoul (LTTE)

LTTEAutres appellations :
Ellalan Force
Tamil New Tigers (TNT)
Tigres Tamouls

Autres appellations US:
Liberation Tigers of Tamil Eelam (LTTE)
Ellalan Force
Tamil Tigers

(Sri Lanka) (Liberation Tigers of Tamil Eelam) Mouvement séparatiste de l’Etat tamoul de l’Eelam au Nord du Sri Lanka, créé le 22 mai 1972 sous le nom de Tamil New Tigers (TNT). Résultant des mouvements insurrectionnels sporadiques qui secouent cette région depuis 1948. Le 5 mai 1976, il prend le nom de Tigres de Libération de l’Eelam Tamoul (LTTE) et mène une guerre de guérilla contre le gouvernement sri-lankais depuis 1982.

Il opère essentiellement au Sri Lanka, mais mène également des actions en Inde, dans l’Etat de Nadu, où il compte de nombreux sympathisants. Depuis sa création, les LTTE sont dirigés par Velupiullai Prabhakaran (alias Karikalan). Au plan idéologique, la doctrine des LTTE est clairement influencée par les écrits de Giap, Mao et Régis Debray. Son objectif initial est la création d’un état indépendant de l’Eelam Tamoul, dans les districts de Jaffna, Killinochhi, Mullaitivu, Batticaloa, Trincomalee et Ambarai. Il est interdit le 22 mai 1978.

La première action terroriste des LTTE est un attentat à la bombe contre un avion civil d’Air Ceylon le 7 septembre 1978, lors de son atterrissage près de Colombo. Dès les années 80, les LTTE mettent sur pied une structure complexe avec une aile militaire et une aile politique. Il rejoint les autres mouvements indépendantistes tamouls (l’Eelam People ‘s Revolutionary Front, la Tamil Eelam Liberation Organisation et l’Eelam Revolutionary Students Organisation) au sein du Front National ed Libération de l’Eelam, que les LTTE quitteront en 1986.

Le 21 novembre 2001, afin de tenter une solution au conflit, Velupiullai Prabhakaran propose de changer son objectif d’un Etat indépendant au profit d’une région tamile autonome.

Le 2 février 2002, le gouvernement du Sri Lanka et les LTTE ont signé un accord de cessez-le-feu qui résiste encore malgré d’innombrables violations. Officiellement interdit au Sri Lanka dès 1998, les LTTE ont une existence légale dans le pays depuis septembre 2002. Toutefois, devant les faibles progrès effectués, les LTTE se retirent de la table de négociation en 2003.

Le 6 mars 2004, le colonel Vinayagamoorthy Muralitharan (alias Colonel Karuna), commandant des LTTE dans la région de Batticaloa fait sécession avec plusieurs milliers de ses combattants pour former une faction indépendante, connue sous le nom de Groupe Karuna. Plus tard, Karuna forme un parti politique : les  Tamil Makkal Viduthalai Pulikal (TMVP) (Tigres de Libération du Peuple Tamoul). Cette sécession a porté un coup sévère aux LTTE, dont le chef Prabhakaran cherche à minimiser l’impact en adoptant une attitude conciliante avec les mutins. Des combats ont cependant lieu et plusieurs cadres du Groupe Karuna sont tués.

Les LTTE sont considérés comme mouvement terroriste par une trentaine de pays ou organisations internationales, dont l’Inde (1992), la Grande-Bretagne (2000), l’Union Européenne (2006), le Canada (2006).

Structures
Les LTTE sont constitués de manière très semblable aux mouvements marxistes des années 70-80. Au plan opérationnel, ils s’articulent en une branche militaire et une branche politique, dont dépendent les forces de police civiles.

Au plan politique, les LTTE sont organisés selon le modèle d’un gouvernement, avec des postes ministériels et un parlement, qui ont « juridiction » dans les zones occupées par les LTTE. Au plan militaire, les LTTE sont organisés comme une armée conventionnelle.

L’organisation centrale des LTTE comporte également une unité de renseignement et de sécurité, désignée alternativement « Intelligence Group », « Intelligence Wing » ou « Tiger Organisation Security Intelligence Service (TOSIS) », dirigée par Sivershankar Pottu Amman. Elle assure à la fois le renseignement stratégique et la sécurité interne des LTTE en luttant contre l’infiltration d’agents sri-lankais et en combattant les défections des combattants Tamouls. Elle est complétée par une unité de renseignement militaire, désignée Liberation Tigers Military Intelligence (LTMI). Créée en 2004 à l’instigation du chef des LTTE, qui assure le renseignement opérationnel. Le service a été dirigé par ► Shanmuganathan Ravi Shankar (alias Colonel Charles).

La branche militaire
Les LTTE sont organisés et conduits comme une armée régulière. Ils disposent d’uniformes et sont structurés en unités de combat (Padaipirivu), qui représentent environ la taille d’un bataillon ou d’un régiment(1) (environ 1 200-2 000 personnels). Les unités de combats sont réparties entre des unités directement subordonnées au Comité Central de Direction (CCD) et des unités des forces « régulières ». Les unités d’élite directement subordonnées au CCD sont :

  • L’unité navale « Kadal Puligal » (« Sea Tigers »), (2 000 combattants), qui comprend une petite unité-suicide « Sea Black Tigers » (environ 200 combattants), dirigée par le Colonel Soosaï ;
  • L’unité aérienne « Vaanpuligal » (« Air Tigers ») — également appelée Tiger Eelam Air Force (TAF) — composée d’un nombre imprécisé d’avions légers (mais vraisemblablement inférieur à 5) transformés en bombardiers. Elle est dirigée par Charles Anthony, fils de Prabhakaran, chef des LTTE (2007) ;(2)
  • L’unité-suicide « Black Tigers » (environ 250 combattants), dont les membres étaient initialement recrutés parmi ceux qui avaient connu les brutales émeutes de juillet 1983 (« Black July »). Ses combattants sont réputés d’un fanatisme et d’une loyauté pouvant aller jusqu’au sacrifice personnel. Ils font l’objet d’une sélection rigoureuse et se sont distingués par des actions très audacieuses et très meurtrières. Placée sous le commandement organique du chef du renseignement des LTTE, elle est engagée, au plan opérationnel, directement par le chef des LTTE, Velupiullai Prabhakaran (alias Karikalan).
  • La brigade « Charles Anthony » ► Charles Anthony (alias Seelan) (environ 1 200 combattants), chargée de la protection rapprochée du commandement des LTTE. Elle a été l’une des premières unités des LTTE. Elle est considérée comme la meilleure unité des LTTE et est composée principalement de combattants provenant du Nord de l’île et opère au Nord-Est. Elle est dirigée par le colonel Karuna (qui fait sécession en 2004), puis par Weeramanni (tué le 25 mai 2006), puis par le Colonel Nagulan (tué le 23 mai 2007). Ses effectifs sont estimés à 1 000-1 500 combattants. Elle est stationnée dans le district de Vanni, au Nord de l’île.
  • L’unité « Jayanthan » (2 000 combattants), composée de combattants provenant de l’Est de l’île. Durant la trêve, elle était déployée dans l’Est de l’île. Une grande partie de cette unité a suivi la sécession du colonel Karuna en 2004 ;
  • L’unité « Chiruthaigal » (« Leopards ») (2 000 combattants), capable d’opérations amphibies, sorte de « marines » des LTTE ;
  • L’unité « Suthanthirap Paravaikal» (« Oiseaux de la Liberté »), une unité féminine formée en 1996 par la fusion de différentes unités de commandos féminins. Apparemment, cette unité a été transformée dès le début des années 2000 en deux brigades féminines : la Brigade « Sothia » et la Brigade « Malathy » ;

Les forces « régulières » sont essentiellement constituées par :

  • L’unité antichars « Victor » (120 combattants ?), spécialisée dans toutes les formes de lutte contre les véhicules blindés cinghalais, entre autres avec des roquettes antichars, mais aussi par l’élaboration de pièges explosifs ou de fossés antichars. Elle est essentiellement déployée dans la péninsule de Jaffna, dans le secteur Mukamalai-Nagarkoyil ;
  • L’unité de mortiers « Kutti Shiri », comprenant plusieurs dizaines de mortiers de 120 mm et des pièces d’artillerie de 122 mm. Elle est fréquemment mentionnée comme étant une unité féminine, rattachée au Corps féminin des LTTE « Suthanthirap Paravaikal ».
  • L’unité « Ratha », de défense antiaérienne, armée de mitrailleuses de 12,7 mm ainsi qu’une dizaine de missiles antiaériens portables russes SA-7/SA-14/SA­16 et américains Stinger ;
  • Environ 15 000 supplétifs non-combattants.
Structure des LTTE 2007
Structure des LTTE 2007

Outre les unités de combat proprement dites, les LTTE comprennent une structure territoriale organisée en fonction du découpage politique de l’île. Cette structure territoriale semble gérer la Makkal Padai (Défense Populaire), sorte de milice du LTTE, dont les membres sont formés par le LTTE, mais qui n’en font pas formellement partie. Elle est composée de combattants démobilisés après le cessez-le-feu et de civils formés dans les campagnes par le LTTE. C’est en grande partie le Makkal Padai qui a repris les hostilités contre le gouvernement en 2005-2006.

Les « Kadal Puligal » (« Sea Tigers »)

L’unité navale des LTTE, les Sea Tigers, a été créée par Vaithaialngham Soimalingam (alias « colonel » Shnagar). Elle a pour mission de s’attaquer aux voies logistiques de l’armée sri-lankaise dont certaines garnisons au Nord du pays ne peuvent être ravitaillées que par mer ou par air. Les Sea Tigers ont une unité d’action-suicide, les Black Sea Tigers. La première attaque des Sea Tigers a été exécutée à Valvettithurai, le 10 juillet 1990 contre un navire de la marine du Sri Lanka. L’un des succès des Sea Tigers a été d’empêcher les patrouilles côtières de la marine sri-lankaise le long de la péninsule de Jaffna qui constituaient une menace pour les opérations terrestres des Tigres.

Les LTTE ont conçu et produit des bateaux rapides, afin de protéger leurs côtes des forces de marine sri-lankaise, ainsi que pour mener des opérations contre des installations côtières ou des navires (civils ou militaires) singhalais. Les Sea Tigers sont considérés comme unité d’élite et mènent des attaques à la fois audacieuses et efficaces sur des bâtiments civils et militaires cinghalais. De nombreuses femmes sont incorporées dans l’unité.

Les bateaux « Idayan » sont pourvus de blindages réalisés avec des plaques d’acier soudées. Les LTTE ne disposant pas de matériel permettant de former des épaisses plaques d’acier, leurs bateaux ont une forme anguleuse qui rappelle l’aspect des avions américains F-117A. Ainsi, contrairement à ce qui a été écrit dans la presse, ces bateaux ne disposent pas de technologie « furtive ».

La principale base des Sea Tigers — qui a subi une attaque gouvernementale majeure le 4 avril 2007 — se situe à Puthukkudiyiruppu, au nord-est de l’île. Le 16 juillet 2008, les forces gouvernementales sri-lankaises se sont emparées de la base de Vidattalthivu, sur la côte ouest de l’île, infligeant ainsi un important revers aux Sea Tigers, Les autres bases importantes des Sea Tigers sont : Wallaipadu, Kiranchchi (à l’ouest de Kilinochchi), Kaddaikkaadu (péninsule de Jaffna), Illuppaikadavai, Nachchikuda, Chalai, Chemmalai et Alampil.

Les Sea Tigers ont également une composante féminine, la compagnie « Nalajini ».

Tigres de Liberation de l'Eelam Tamoul (LTTE)_Bateau rapide Idayan des Sea Tigers

Plusieurs modèles du bateau rapide « Idayan » existent. Sur certains d’entre eux, une ouverture aménagée dans la proue permet de monter un obus d’artillerie (en pointillé), qui permet de faire sauter un navire. Avec un faible tirant d’eau et un profil bas, ces bateaux peuvent opérer à proximité des côtes et sont difficile à détecter. Ils sont propulsés par un moteur hors-bord Yamaha de 200 CV

[Dessin J. Baud]

Bateaux d’assaut des Sea Tigers (2007)

Type Equipage Vitesse Remarques
Idayan 2 45 noeuds Utilisé pour actions-suicide
Muraj 10 45 noeuds 3 canons automatiques de 23 mm et un missile portable antiaérien.
Sudai 6 10 noieuds Utilisé comme bateau d’attaque contre des unités navales.
Thrikka 4 45 noeuds Armé d’une mitrailleuse. Utilisé pour l’engagement de nageurs opérationnes.

 

Bases navales des Sea Tigers (2008)
Bases navales des Sea Tigers (2008)

Les « Vaanpuligal » (« Air Tigers »)

L’unité aérienne des LTTE, le Vaanpuligal (ou Air Tigers) a été spécialement conçue entre autres pour frapper les zones de haute sécurité(3) de la péninsule de Jaffna. Elle a été créée à la fin 1998 et utilise des avions légers tchèques de type Zlin Z-143L, modifiés pour transporter quatre bombes d’une cinquantaine de kilos. Elle dispose d’une piste située à Iranaimadu (district de Vanni, dans le nord de l’île). Bombardée plusieurs fois par l’aviation sri-lankaise, la piste a été systématiquement remise en état. Mais le LTTE dispose également d’autres pistes. Le Vaanpuligal a conduit plusieurs raids spectaculaires contre les bases aériennes sri-lankaises de Palaly, au Nord de la péninsule de Jaffna (11 août 2006) et de Katunayake (25 mars 2007).

La branche politique

Les LTTE comprennent également une branche politique. Son chef, le brigadier Suppiah Paramu Tamilselvan a été abattu lors d’un raid aérien de l’armée singhalaise le 2 novembre 2007 et a été remplacé le jour suivant par Balasingham Mahendran (alias Nadesan), ancien chef de la police des LTTE.

La principale idéologue du mouvement est Adele Ann Balasingham, une Australienne, épouse de feu Anton Stanislaus Balasingham, chef négociateur dans le processus de paix de Genève (décédé d’un cancer le 14 décembre 2006).

De la branche politique dépendent les forces de police « Kaaval Thurai », qui restent dirigées par Nadesan.

Opérations

L’essentiel des opérations des LTTE sont des opérations de guérilla et conventionnelles contre les forces sri-lankaise. Mais les LTTE pratiquent également l’attentat terroriste et utilise à cet effet un groupe particulièrement violent : les Black Tigres (Tigres Noirs), responsable de ses attentats-suicides les plus spectaculaires:

  • L’attentat à la bombe qui a tué le Premier-ministre Rajiv Gandhi (mai 1991)
  • Assassinat de Lalith Athulamudali leader de l’opposition sri-lankaise (avril 1993)
  • Assassinat du président du Sri-Lanka Ranasinghe Premadasa (mai 1993)

Les Tigres Noirs ont également mené deux attaques au camion-bombe contre la Banque Centrale à Colombo (janvier 1996), et contre le Colombo World Trade Center (octobre 1997). Ils sont réputés porter une capsule de cyanure pour se donner la mort en cas de capture. En tout, les Tigres Noirs on mené quelque 260 opérations-suicide. Ces opérations et actions-suicide sont considérés par le LTTE comme des « opérations spéciales » et non comme des actes terroristes du fait qu’elles ne visent pas à terroriser la population, mais à disloquer le pouvoir cinghalais.

Du 27 novembre 1982 au 10 novembre 2004, les LTTE on perdu quelque 17 780 combattants.(4)

Situation des LTTE (2008)
Situation des LTTE (2008)

 

 

Armement et logistique

Les LTTE ont mis sur pied une vaste et efficace structure logistique pour produire et acquérir des systèmes d’armes. La cheville ouvrière de l’acquisition d’armes est ► Shanmugam Kumaran Tharmalingham (alias Kumaran Pathmanathan ou « KP »), qui opère au Myanmar, en Thaïlande et en Afrique du Sud pour acquérir des armes et munitions. Celles-ci proviennent essentiellement du sud-est asiatique et de l’Europe de l’Est. Toutefois, une grande partie de l’armement des Tigres provient de capture auprès des forces du Sri Lanka.

Le financement des opérations des LTTE est assuré par des « dons » — plus ou moins volontaires — de la diaspora tamoule en Europe occidentale et aux USA. En Allemagne, les familles tamoules doivent payer un « impôt » de €35 aux organisations tamoules de front, qui collectent les recettes et les font parvenir au Sri Lanka.

Il semble qu’une part importante du financement provienne du trafic de stupéfiants. Durant les années 90, des réseaux de trafic d’héroïne ont pu être mis à jour en Suisse et en Italie, conduisant à l’arrestation de plus de 200 individus d’origine tamoule.

Corrélat : ► Organisations terroristes

(1)Le terme de Padaipirivu est traduit par « régiment » ou (plus souvent) par « brigade ».
(2)Le Vaanpuligal a été créé par le colonel Shangar (alias Vythialingam Sornalingam) qui est assassiné en le 26 septembre 2001 par un commando des forces armées Sri Lankaises.
(3)High Security Zones (HSZ)
(4)Source : LTTE