Umkhonto we Sizwe (MK)

Umkhonto we Sizwe (MK)(Afrique du Sud) (Lance de la Nation) Mouvement terroriste et bras armé de l’African National Congress (ANC) actif en Afrique du Sud de 1961 à 1990. Une série d’attentats à la bombe commis simultanément à Johannesburg, Durban et Port Elizabeth. Le 16 décembre 1961, marque la naissance du MK, comme une émanation commune de l’ANC et du Parti Communiste Sud-Africain (SACP).

L’apparition du MK suit une campagne de violence menée conjointement par l’ANC, le Pan-Africanist Congress (PAC) et le SACP, qui culmine dans les événements de Sharpeville du 21 mars 1960(1). Il en résulte l’interdiction de l’ANC et du PAC(2). Après l’interdiction, l’ANC et le PAC doivent recentrer leur stratégie d’action. Une stratégie commune est mise sur pied, qui prend la désignation de « M-Plan » (M pour Mandela), qui définit une organisation révolutionnaire et sa répartition territoriale, qui s’appuie sur les commandements régionaux de l’ANC.

L’objectif est la prise du pouvoir en Afrique du Sud à travers l’action révolutionnaire. Dans ce contexte est adoptée l’« Operation Mayibuye » qui prévoyait, outre la formation de centaines d’activistes à l’étranger et l’installation de fabriques d’armes et de munitions capables de produire quelque 50 000 grenades.

Lors d’une réunion secrète, tenue en juin 1961, l’ANC décide de la mise sur pied d’un bras armé, l’Umkhonto we Sizwe (Lance de la Nation). L’établissement de la structure de commandement du MK est confiée conjointement à Nelson Mandela par l’ANC et à Joe Slovo par le SACP : la structure du MK est basée sur un commandement suprême (High Command), assuré conjointement par Nelson Mandela, Walter Sisulu, Mbeki, Andrew Mlangeni et Raymond Mhlaba et des structures régionales basées dans les principales villes du pays (Johannesbourg, Cape Town, Port Elizabeth et East London).

L’ANC achète une ferme isolée, Lilliesleaf, qui sera le quartier-général opérationnel du MK.

Entre 1961 et 1963, le groupe mène de nombreuses opérations violentes et sanglantes. Dès juillet 1962, une partie de ses membres est formée à l’étranger, dont Nelson Mandela, qui suit une formation militaire dès janvier 1962 en Algérie et en Ethiopie.

Le 11 juillet 1963, le commandement du MK est arrêté dans son quartier-général. Nelson Mandela, Govan Mbeki, Walter Sisulu, Dennis Goldberg, Ahmed Kathrada, Raymond Mhlaba, Andrew Mlangeni et Elias Motsoaledi’s sont condamnés à la prison à vie sur l’île de Robben pour quelque 193 actes terroristes. Joe Slovo absent, échappe à l’arrestation et conduit les opérations du MK.

Après cette arrestation, la stratégie de l’ANC/MK doit être réadaptée. Une conférence est organisée à Morogoro (Tanzanie), qui aboutit à une stratégie en trois phases :

  • Phase de guérilla, qui comprend, outre la propagande, des actes de sabotage, l’emploi de mines et de bombes ;
  • Phase d’équilibre, où les forces révolutionnaires sont suffisamment fortes pour affronter les forces gouvernementales dans des actions frontales et mobiles ;
  • Phase d’offensive générale, où l’économie s’effondre avec le moral des forces de sécurité. Le gouvernement est isolé et le pouvoir peut être pris.

En juillet 1967, le MK s’associe à la lutte en Rhodésie. Le « Détachement Luthuli » comprenant des combattants de l’ANC et de la Zimbabwean African People’s Union (ZAPU)(3), combattent l’armée rhodésienne dans les secteurs de Wankie et Sipolio jusqu’en 1968. Le MK est également présent aux côtés du FRELIMO dans la lutte pour l’indépendance du Mozambique, qu’il soutiendra jusqu’en 1975.

Le MK, affaiblit par l’incarcération de son commandement se restructure sous l’impulsion de Chris Hani, revenu de sa formation militaire à l’étranger.

Dès novembre 1975, avec la création de la République Populaire d’Angola, le MK est invité à entraîner ses troupes sur le territoire de la nouvelle république, qui devient dès 1976 la principale base d’action du MK. Simultanément sont relâchés certains des protagonistes de la campagne d’attentats des années 61-64(4).

Il en résulte un accroissement dramatique des actes de terrorisme en Afrique du Sud (essentiellement contre des infrastructures et les organes de sécurité sud-africains) et une tension croissante entre communautés, dont les évènements du 16 juin 1976 à Soweto sont l’un des événements les plus marquants.

Au début des années 80, l’activité terroriste du MK s’accroît. Le 1er et le 2 juin 1980, il commet un attentat spectaculaire contre le complexe industriel de SASOL, qui cause quelque R66 millions de dégâts. Les attaques sont massives et dirigées contre des installations de chemin de fer, des centrales électriques et des bases militaires. En 1981, on compte quelque 90 attaques. Le 9 août 1981, le MK fait une attaque spectaculaire contre la base de Voortekkerhoogte avec des lance-roquettes de 122 mm.

Le jour du 70e anniversaire de la création de l’ANC, le MK lance une attaque contre la centrale nucléaire de Koeberg, près de Cape Town. En mai 1983, le MK mène des attaques à la voiture-bombe contre le quartier-général des forces aériennes et du renseignement militaire à Church Street, Pretoria(5). En juillet 1987, une attaque à la voiture-bombe contre le complexe.

Opérations

Du 14 octobre 1976 au 31 août 1983, 362 actes de violence sont perpétrés :170 (47%) sont essentiellement des actes de sabotage contre des infrastructures et installations gouvernementales, 48. Dès la fin 1981, les attentats à la bombe utilisent des charges de sabotage et non plus des explosifs improvisés.

Umkhonto we Sizwe (MK)_Evolution de la strategie du MK

Source : Soumission auprès de la Commission Vérité et Réconciliation, (maj gén B. Mortimer)

Du 1er septembre 1983 au 31 août 1985, la violence se développe et quitte les « objectifs durs » (forces de sécurité et infrastructures) pour se diriger contre des « objectifs mous » (organes civils et population). Le MK installe des structures militaires et politiques dans certains townships, qui deviennent de véritables bases opérationnelles.

Le 88% des actions sont menées en zones urbaines, phénomène que relève la conférence de Kabwe (Zambie), en 1985, qui veut développer l’action dans les campagnes.

Cette stratégie s’intègre dans la notion de « propagande armée » et s’éloigne apparemment d’une guerre d’indépendance, ici est de s’attaquer directement à la propriété des sud-africains blancs et de donner l’apparence de « succès ». Une forte montée de la violence précède les élections municipales en septembre et octobre 1988.

Cette évolution touche également les structures opérationnelles qui sont davantage réparties dans la population et appelées « Self-Defence Units » (SDU), très décentralisées et noyautées par des cellules du MK. Les armes utilisées évoluent également. On utilise davantage d’armes légères et grenades, dont le trafic augmente.

Le Transkei, devenu indépendant en 1988 sert de base pour la formation des unités opérationnelles du MK et de l’APLA, pour les opérations dans les provinces du Cap-Est, Cap-Ouest et dans le Natal.

La période du let septembre 1989 au 31 août 1994 est marquée par la légalisation des organisations interdites (2 février 1990) accompagnée de négociations avec le gouvernement. La liberté d’action en Afrique du Sud ainsi gagnée par l’ANC est exploitée pour accroître l’activité terroriste afin d’acquérir une meilleure position dans les négociations avec le gouvernement. La violence augmente et, entre le ler janvier et le lez août 1990, 192 membres et sympathisants du MK sont arrêtés.

Les SDU sont renommées « Self-Protection Units » (SPU), afin que l’ANC ne soit pas accusée d’enfreindre les accords avec le gouvernement. A la fin septembre 1992, il y a 203 SDU/SPU dans les townships. L’objectif est de créer des « zones libérées » dans l’East Rand, Vaal Triangle, Cap-Ouest et Natal Midlands. C’est le cas du Transkei.

En 1989, le MK mène une action spectaculaire contre une station radar secrète à Kipplan dans l’Ouest du Transvaal. Elle ne cause que des dégâts matériels, mais marque une amélioration considérable des capacités en renseignements du MK, qui a mis sur pied une Division du Renseignement militaire, le MIKIZA.

Le leraoût 1990, le MK suspend officiellement ses activités. Des éléments incontrôlés poursuivent des combats où l’aspect criminel se distingue difficilement des aspects politiques.

En 1993 commence le processus d’intégration des divers mouvements militaires noirs dans les forces de défense sud-africaines (SADF). Le 27 avril 1994, jour de la création de la nouvelle armée sud-africaine, le MK cesse formellement d’exister et est intégré aux SADF. Au total, le MK apportera aux SADF 11 738 combattants, soit 16% des SADF.

Structures

Jusqu’en 1985, les opérations du MK sont dirigées par un Conseil Révolutionnaire avec des commandements régionaux à Lusaka, Maputo et Maseru. Entre octobre 1976 et août 1977, le MK a un centre de commandement opérationnel à Lusaka.

Puis se déplace au Mozambique. Toutefois, le Mozambique, qui soutient l’ANC/MK n’autorise pas la conduite d’opérations directement à partir de son territoire. Dès 1980, des commandements régionaux sont établis au Botswana, Swaziland, Mozambique et Lesotho, qui conduisent les activités opérationnelles. L’arrivée au pouvoir de la ZANU au Zimbabwe (18 avril 1980) permet à l’ANC et à l’ ► Azanian People’s Liberation Army (APLA) d’établir de nouvelles bases au Zimbabwe. Dès juin 1983, l’ANC utilise le territoire du Zimbabwe comme base d’infiltration et, dès 1985, établit deux commandements opérationnels sur son territoire.

Dès 1985, les opérations militaires du MK sont coordonnées par un Conseil Politico-Militaire (CPM), qui comprend deux organes de commandement : le Commandement Politique (Political Headquarters) et le Commandement Militaire (Military Headquarters) ou Commandement Suprême (High Command). Pour la mise en oeuvre des opérations, le Commandement Suprême dispose d’un Groupe d’Opérations Spéciales — initialement dirigé par Joe Siovo, puis placée sous le commandement direct du secrétaire-général de l’ANC Oliver Tambo avec le commandant Joe Modise, chef des opérations — et des Comités Régionaux Politico­Militaires(6) (CRPM) qui se répartissent comme suit :

  • CRPM Maputo, établi en avril 1978, responsable des opérations au Mozambique, au Swaziland, au Zimbabwe, dans le Natal et au Transvaal (Witwatersrand, Vereeniging, Est-Transvaal et Nord-Transvaal). Il est dirigé par Joe Slovo. Après la signature des accords de Nkomati en 1984, le CRPM Maputo est remplacé par un mécanisme de coordination au Swaziland.
  • CRPM Swaziland, établi en 1984, qui conduit les opérations dans le Transvaal et le Natal, avec le soutien du CRPM de Maputo, puis en remplacement de ce dernier. Il est dirigé par Ronnie Kasrils (1984), Ebrahim Ismail Ebrahim (1985­86), Siphiwe Nyanda (1986-88), Silumko Sokupa (1988-89). Il comprend une structure responsable du Natal, dirigée par Thami Zulu et une structure responsable du Transvaal dirigée par Siphiwe Nyanda. Il est aboli en 1988 et ses opérations sont conduites depuis le CRPM de Maputo.
  • CRPM Botswana, établi à Gaborone en 1983-84. Il était dirigé par Lambert Moloi (1983-86), Barry Gilder (1986), Thenjiwe Mthintso (1986), puis Thabang Makwetla (1987). Avant sa création, les opérations au Botswana étaient gérées par le commandement opérationnel de Lusaka. Il est responsable des opérations à l’Ouest et au Nord-Transvaal ainsi que dans la province du Cap-Nord. En raison des nombreuses opérations des forces sud-africaines, il fait l’objet de restructurations fréquentes. En 1988, il est déplacé à Lusaka.
  • CRPM Lesotho, issu d’un commandement opérationnel établi à Maseru en 1978, il est établi en 1983-84 comme CRPM. Il est dirigé par Judson Khuzwayo (1983-85), puis Charles Nqakula (1985-88). Il est responsable des opérations dans la province du Cap-Est, dans le Transkei et dans l’Etat Libre d’Orange. Il est aboli en août 1988.
  • CRPM Zimbabwe établi à Harare en juin 1985 avec deux sous-commandements à Bulawayo et Masvingo. Jusqu’en avril 1984, les opérations étaient gérées par le commandement opérationnel de Lusaka. Il est dirigé par Julius Maliba (alias Manchecker). Son comité militaire est conduit par Julius Maliba (1985-86), puis Jabulani Nkabinde (1986-92). Il était responsable des opérations au Venda ainsi que dans le Nord et le Nord-ouest du Transvaal.

Chaque CRPM est subdivisé en groupes de combats, appelés « machineries », eux-mêmes subdivisés en « cellules ».

Bibliographie : Maj Gen B. Mortimer, « SA Defence Force Involvement in the Internai Security Situation in the Republic of South Africa », Soumission à la Commission Vérité et Réconciliation.

(1)Ce qui restera dans l’histoire comme le « massacre de Sharpeville » a fait 69 morts et 80 blessés.
(2)Par P« Unlawful Organisations Act » (Act No 34) du 8 avril 1960.
(3)Avec laquelle l’ANC a conclu un accord en 1965.
(4)Entre autres ► Joe Gqabi, ► Indres Naidoo, ► Ismael Ebrahim et ► Andrew Masondo
(5)L’attentat causera 19 morts et 217 blessés.
(6)Regional Political-Military Committees (RPMC)