victimes du terrorisme

Contrairement à une opinion trop répandue, le terrorisme ne vise pas à maximiser le nombre des victimes, mais l’impact de chaque victime et à le transformer en victoire : le succès tactique se transforme ainsi en victoire stratégique.

Le terrorisme joue sur la surprise pour inspirer la peur et ainsi maximiser l’effet de chaque attentat. C’est l’acte qui est important et non le nombre de ses victimes. En Occident, on tend à surévaluer l’importance du caractère meurtrier du terrorisme. À titre d’exemple, le terrorisme en Irlande du Nord — qui a sans doute été l’un des terrorismes les plus meurtriers en Europe — a fait quelque 3 270 victimes entre 1969 et 1998, soit moins de la moitié du nombre annuel de morts sur les routes de France.

Avant le 11 septembre 2001, un Américain avait cinq fois plus de chance de mourir frappé par la foudre que par un attentat terroriste ! Aujourd’hui cette probabilité a augmenté, mais ce même Américain a toujours quinze fois plus de chance de mourir dans un accident de la route… Mais le terrorisme a toujours une place privilégiée parmi les préoccupations du citoyen. C’est précisément cette dimension émotionnelle qui donne au terrorisme son pouvoir : c’est grâce à cette crainte que le terroriste veut exercer son influence.

Victimes du terrorisme au XXe siècle (Europe)

Pays, période, morts, blessés
Allemagne, 1967-1981, 71, 1389
Chypre, 1955-1959, 652, 1611
Espagne, 1975-2008, 1222, 4000
France, 1985-1991, 60, 274
Irlande du Nord, 1969-1998, 3270, 29198
Italie, 1969-1981, 386, 5084

Sources officielles et compilation de l’auteur

Toutes proportions gardées, le terrorisme est globalement relativement peu meurtrier, car le terrorisme reste — généralement — un acte politique. On observe, ainsi souvent une certaine « retenue » de la part des mouvements terroristes, dont les attentats pourraient souvent être considérablement plus meurtriers (choix du lieu, de l’heure, etc.) Ceci est particulièrement vrai pour les mouvements qui recherchent une reconnaissance ou un soutien international et qui doivent maintenir leur audience.

Fréquemment associé à la notion de « propagande armée », le terrorisme politique s’entoure d’une image de « succès ». Il s’agit avant tout de petits succès ponctuels (assassinats, attentats à la bombe, etc.) pour lesquels il ne s’agit pas de maximiser le nombre de victimes : il ne s’agit pas de détruire, mais de démontrer les capacités et « l’invulnérabilité » de l’organisation. C’est ainsi que l’ETA basque et l’IRA irlandaise informent souvent la police de la présence d’un engin explosif, juste avant son explosion. Ceci explique également pourquoi ces mouvements n’utilisent généralement pas des armes ou des méthodes « exotiques » aux effets imprévisibles, mais restent très conservateurs dans leurs méthodes. C’est également la cas des mouvements palestiniens, qui harcèlent les populations israéliennes de la région d’Ashkelon et de Sderot avec des milliers de tirs de missiles, mais avec une létalité extrêmement faible.

Sans aucun doute, le terrorisme le plus meurtrier est le terrorisme religieux. Depuis 1982, il est responsable de 8 % des attentats terroristes, mais a causé environ 30% des victimes recensées. Mais il serait hasardeux d’attribuer aux terroristes islamistes l’intention de faire disparaître une partie de l’humanité dans une holocauste nucléaire ou chimique. Le terrorisme cherche à influencer, pas à détruire (même si des destructions sont nécessaires pour influencer).

victimes du terrorisme_Victimes des principaux attentats terroristes par pays

Le terrorisme religieux, par le fait qu’il s’inscrit dans un processus non-séculier est moins sensible — et moins dépendant — de l’opinion publique. En outre, ses objectifs se situant au-delà de la vie des individus, il est enclin à frapper plus violemment.

victimes du terrorisme_Incidents terroristes et victimes dans le monde 1983-2006

Entre 1983 et 2003, le nombre d’attentats terroristes reste relativement stable, alors que le nombre de victimes (blessés et morts) fluctue de manière importante. Les pointes de victimes sont dues chaque fois à un ou deux attentats marquant (respectivement : le World Trade Center de New York, le métro de Tokyo, Oklahoma City, et l’ambassade américaine de Nairobi), où le nombre de blessés a été important, mais résulte souvent d’estimations plus que d’un recensement précis. Dès 2003, l’augmentation des victimes résulte effectivement d’une augmentation du nombre des attentats, essentiellement localisés en Irak et en Afghanistan, mais pas seulement. A ceci s ‘ajoute le fait que le Département d’Etat américain, qui fait autorité en matière de statistiques du terrorisme, a modifié sa manière de comptabiliser les actes de terrorisme. On peut néanmoins constater que les interventions en Irak et en Afghanistan ont ainsi contribué à rendre le monde moins sûr et à élargir la scène pour les terroristes.

victimes du terrorisme_Victimes des principaux attentats terroristes par region

Source : MIPT Terrorism Knowledge Base (www.tkb.org)

Le terrorisme lui-même est bien souvent une manière de communiquer. Dans l’acte terroriste, c’est moins la destruction qui est importante, que la manifestation d’une volonté de se battre ou de démontrer la faiblesse de l’adversaire. En revanche, dans notre société hautement médiatisée, retenir l’attention est un défi. Plus notre société s’habituera à la violence, plus l’action terroriste devra être spectaculaire.

L’analyse ‘des chiffres montre qu’au niveau mondial, malgré l’augmentation du nombre d’attentats et de victimes, le nombre moyen de victimes par attentat a diminué. Cette évolution est cohérente avec la philosophie du djihad, qui ne cherche pas à maximiser le nombre de victimes, mais le nombre d’actions.

Bibliographie :
Chaliand Gérard et al., Les stratégies du terrorisme, Paris, 1999